Le devoir de mémoire — R. Taurand

Le devoir de mémoire

Par le Lieutenant-colonel honoraire Robert TAURAND

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LCL(H) Robert Taurand

Préambule

La mémoire… ce qui est inscrit dans le cerveau de l’homme.

Ce qui reste de souvenirs enregistrés, accumulés, imprégnés et filmés dans l’ordinateur humain le plus exceptionnel qui soit.

Cette superbe « machine » solide et fragile à la fois, dont l’inventeur reste un inconnu, est capable de performances sidérantes, qui étonnent et laissent admiratifs. Aujourd’hui encore, elle pose de grands problèmes et des interrogations à la science la plus sophistiquée, du monde entier.

Cet « engin » magnifique, étrangement placé dans cette boîte crânienne qui le protège, telle une boîte à bijoux, reste pour chacun de nous l’album de notre vie passée. Dans ce livre très personnel, sur un simple appel, nous puisons et laissons revivre les souvenirs, bons et mauvais, selon notre choix.

Se souvenir de quelqu’un, revoir ces souvenirs comme ces photos sur papier glacé, parfois jaunies par le temps écoulé et aussi comme ces plaques de verre dépoli de nos arrières grands parents, sur lesquelles étaient fixées ces images par les rayons du Soleil et qui hélas n’ont pas résister à l’érosion, à la dégradation progressive de choses, et maintenant devenues pour la plupart illisibles.

Notre mémoire individuelle et celle des autres, donnent rassemblées, la mémoire collective.

Le Devoir de mémoire

Devoir, une valeur sûre !

Devoir pour la reconnaissance, pour l’honneur (autre valeur sûre). Devoir qui utilise la mémoire, les souvenirs pour transmettre ce que l’on a vu, vécu, entendu, réalisé, ressenti pour honorer et rendre hommage.

Le devoir de l’homme est de transmettre son savoir, ses connaissances et de présenter généreusement tous les clichés entreposés dans le cerveau. Clichés qui parlent et racontent des faits passés, qui montrent des images, des mouvements, des actes, des périodes touchant au déroulement de toute sa vie passée. De relater ses souvenirs encore vivants, les bons et les mauvais, avec sincérité, honnêteté et vérité.

Un homme doit apporter aux autres ses connaissances, les partager, en faire profiter, les offrir aux générations présentes et à venir, de son vivant.

Le devoir de mémoire doit servir d’exemple dans ce qui touche les valeurs qui donnent un vrai sens à la vie. Il servira à l’élévation des connaissances, à la morale pour l’homme lui-même en même temps qu’à toute la société.

Pour nous, les anciens qui avons connu tant de drames, de malheurs dans le 20e siècle, notre devoir est de relater ce que nous avons vécu… peut-être pour éviter que l’histoire sanglante ne se reproduise pas. Également dans un souci de reconnaissance, parler de nos familles, de nos maîtres, instituteurs, prêtres, cadres et responsables à tous les niveaux… et d’en parler sans tricher, sans chercher à les modifier, en évitant toute exagération et toute fantaisie.

Le devoir de mémoire est d’utiliser tous les moyens pour que s’inscrivent dans les actions menées, l’hommage, la reconnaissance, à ceux qui nous ont devancés et accomplis des vies exemplaires, recherches, exploits, sacrifices…

Ces actions peuvent être nombreuses et diverses.

Par des récits, des écrits, des livres, des chants, par la documentation… des peintures, des œuvres d’art, de la poésie, des conférences, des entretiens, des dialogues, des spectacles.

Par des expositions, des voyages, des circuits pédagogiques, des visites de hauts lieux (Verdun, le Vercors, des centaines d’endroits).

Par des visites de grands cimetières militaires, et civils, de carrés militaires, de musées, mémoriaux, nécropoles.

Dans le cadre de cérémonies, de commémorations, de réunions, de cérémonies à caractère du souvenir, de recueillement, de veillées (11 novembre, 8 mai, 5 décembre, 18 juin, libération des villes, de lieux — emplacement débarquement, lieux de grandes batailles — d’exploits).

Par l’organisation de Prix nationaux, de concours, sur des sujets divers : la guerre, la libération, la déportation, la résistance, les grandes victoires, les grandes défaites, etc.

Par la distribution de diplômes d’honneur, de diplômes de participation, de prix, de médailles.

Par l’organisation de fêtes, journées de la citoyenneté, de la paix, de la jeunesse.

Par des contacts, des rencontres, des entretiens avec les responsables de l’instruction, de l’éducation, particulièrement avec les professeurs d’histoire, les écrivains, les journalistes.

Par des contacts avec l’armée, avec les responsables des associations d’anciens combattants, les organisations de relais sportifs (relais historiques comme le chemin de la liberté, le marathon de la voie sacrée, etc.)

Par des contacts et rencontres avec l’ONAC, le délégué départemental militaire, les associations culturelles, sportives et sociales, les cadres de l’armée, les associations de préservation de la mémoire telles le Souvenir Français, la Fédération Maginot, Rhin-Danube, les fondations Maréchal Leclerc, Maréchal de Lattre et d’autres…

Par la fidélité aux participations aux cérémonies du Souvenir, par la montée et descente des couleurs, par une présence devant les monuments aux Morts dans les villes et villages de France et partout dans le monde où s’est inscrite l’histoire de notre pays. Présence aux cérémonies officielles, respect aux drapeaux, aux décorés, aux artisans encore vivants de notre époque, vieillis, malades, handicapés par l’âge, revenus de guerres terribles, de déportations inhumaines, sortis de prison de et camp de la mort, et de la torture, de sinistres mémoires.

Devoir de mémoire, pour honorer nos morts tombés au Champ d’Honneur, simplement pour la guerre 14-18, plus d’un million cinq cent mille morts et deux millions cinq cent mille blessés. Pour le siècle passé… 3 millions de soldats tombés au combat et 2 millions de civils.

Devoir de mémoire pour montrer notre reconnaissance, notre respect également à ceux qui en sont revenus. Honorer ces hommes et ces femmes qui ont défendu le sol, la terre, la famille, leurs liens, la liberté. Pour se souvenir également de toutes ces personnes de France, de nos anciennes colonies, de nos amis étrangers, qui reposent dans tant de cimetières (certains perdus, abandonnés).

Devoir de mémoire pour construire la Paix, sans oublier les drames, les sacrifices, la folie des hommes. Parler aussi du courage, de la fidélité de l’homme pour défendre les causes honorables, nécessaires à la survie.

Vous, la jeunesse qui aujourd’hui prenez votre place, à votre tour s’accumulera dans vos cerveaux, votre histoire et aussi la transmettrez à d’autres encore plus jeunes. Votre histoire sera différente de la nôtre mais fera partie de l’histoire de votre pays. Un maillon de la chaîne sera réalisé.

Un bout d’histoire prendra place… la chaîne de la continuité est ainsi faite.

Le devoir de ceux qui détiennent la mémoire est de témoigner sans relâche. Ceux qui ont à connaître doivent être attentifs et ne pas oublier que :

« Sans passé, il n’y a pas d’avenir possible. »

Devoir de mémoire pour construire la Paix, sans oublier les sacrifices, les drames et aussi la folie des hommes. Parfois aussi leur faiblesse, lâcheté, abandon, cruauté, vengeance, heureusement plus rares que le courage, la volonté, l’abnégation, la loyauté, la générosité, et le respect d’autrui.

Alors pour l’instant, vous qui m’écoutez, je l’espère, retiendrez toute l’importance que revêt le devoir de mémoire.

Merci de m’avoir écouté — Posez des questions — Soyez curieux.

 

Discours prononcé lors de la réunion des jeunes appelés à la Défense, en Seine–Saint-Denis, à Villemomble.

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