Paroles de soldats n° 2 – Roger Renot

Le Souvenir Français de Gagny est particulièrement fier de compter Monsieur Roger Renot parmi ses membres. Ce témoignage est le premier d’une série qui nous permettra de découvrir l’engagement de nos anciens combattants gabiniens.

Témoignage de Monsieur Roger Renot

Je suis né le 30 mars 1930 à Dijon. Ce n’était pas gagné d’avance, j’ai eu une « vie de con » au départ. Je suis issu d’une famille nombreuse (11 enfants), mais nos parents n’étaient pas en capacité de nous élever dignement aussi nous avons été placés à l’Assistance publique, qui elle-même m’a placé dans une ferme dans le Haut-Jura. La vie était rude, je dormais avec les chevaux et à l’heure des repas on m’accrochait une musette à la porte, on me prévenait à l’aide d’un clairon… J’avais 9 ans.

La guerre d’Indochine

Je me suis engagé à 18 ans, j’ai fait quelques semaines dans la Marine, auprès des scaphandriers sur le Rhin, mais cela ne me convenait pas aussi j’ai demandé à être muté et je suis arrivé dans le 20e bataillon de chasseurs en 1949. Après mes classes, j’ai été envoyé à Fréjus pour compléter ma formation et de là nous sommes partis en Indochine. Nous avons navigué à bord du Pasteur qui pouvait transporter 5 400 personnes.

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Le Pasteur

Je suis resté seulement 48 heures à Saïgon. Nous avons incorporé le 2-43e RIC (Régiment d’Infanterie Coloniale). Nous sommes partis dans le nord d’Annam, près de la frontière avec le Tonkin. (Le Proctectorat d’Annam, situé au Centre de l’actuel Viêt Nam, était un territoire placé sous protection de la France).

Nous réalisions des opérations, nous étions regroupés avec des légionnaires et des parachutistes. J’étais tireur de pointe, c’est-à-dire éclaireur. C’est la seule place qui me convenait, j’avais besoin d’être devant.

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Roger Renot

Nous sommes restés en poste pendant deux ans, nous avons subi beaucoup d’attaques, c’était en 1952-1953. Lors d’une de ces attaques, notre hélicoptère a été abattu. Il faut savoir qu’il n’y avait que deux hélicoptères, un pour le Nord et un pour le Sud. Comme vous pouvez le voir sur la photographie il s’agissait d’un hélicoptère d’aide avec des brancards sur les côtés pour transporter les blessés.

hélico

Les gradés étaient bien, on était « main dans la main », on mangeait tous ensemble. Je me souviens du capitaine Lagarde, un excellent tireur. Le poste faisait 20 mètres de large sur 20 mètres de long, c’est peu… Il fallait y loger une compagnie et demie, deux parfois. Cela représente environ 100 soldats.

camp

Mon bataillon était constitué de Cambodgiens, nous étions seulement 4 ou 5 Français. Lorsque je suis arrivé en Indochine, j’étais caporal, je suis devenu caporal-chef puis sergent. J’étais responsable d’un groupe.

soldats

Mes frères aussi ont fait la guerre, tous engagés volontaires sauf un qui a été appelé en Algérie. À Saïgon j’ai vu mon frère Jo, en 1952. Jo s’était engagé en 1939, il avait à peine 18 ans. Il a été emprisonné dans le même stalag que le colonel Taurand, le stalag 11-B. Il était légionnaire. Il est mort en Algérie, un mois avant sa libération. Une dernière opération, il n’avait pas voulu laisser partir ses hommes sans les accompagner…

deux

La guerre d’Algérie

En 1953, après un bref retour en France, je suis reparti pour l’Algérie cette fois. Je faisais partie du 19e BCP (Bataillon Chasseur Porté), nous étions détachés à la Légion, sous les ordres du colonel Babonneau.

René Babonneau passant en revue ses troupes Télergma (Algérie) en 1959

Un jour j’ai fait une virée à Constantine en « empruntant » une jeep, le colonel m’a demandé : « Où es-tu allé avec la jeep ? » Je lui ai répondu : « À votre avis… » Il m’a demandé alors si je savais ce qu’il y a sur le képi du Maréchal de France. Je ne le savais pas alors il m’a éclairé : « un gland entouré de feuilles de chêne ». Il était gentil le colonel, il a passé l’éponge.

Les opérations en Algérie étaient très différentes de celles réalisées en Indochine. Le terrain était plus facile en Algérie, mais on en a pris « plein la gueule ». Un jour, nous avons tous dû sauter du camion c’était un GMC (un camion américain), car le chauffeur avait pris une balle dans la tête. Lors d’une autre embuscade, nous avons perdu six hommes et le capitaine a été blessée. Nous étions près de Nedroma, dans la région de Tlemcem (près de la frontière marocaine).

J’ai été libéré en avril 1958. Une autre vie a commencé, faite de petits boulots dans un premier temps, j’ai notamment porté la viande aux Halles et à la Villette pendant 8 ans. J’ai rencontré ma merveilleuse épouse, nous avons eu trois enfants et nous venons de fêter nos 60 ans de mariage le 28 février 2019 ! Par la suite j’ai fait des stages dans la mécanique et j’ai travaillé dans des entreprises de bâtiment, je réparais les engins de chantier.

À partir de 2007 je me suis engagé auprès d’associations : l’UNC, les Médaillés militaires et le Souvenir Français. À l’époque, Émile Viet était président de l’UNC, c’était un homme remarquable qui a œuvré pour l’entente entre les différents comités. J’ai immédiatement commencé à quêter pour le Souvenir Français. Mon poste se trouvait au cimetière de l’Est. J’ai été porte-drapeau des Médailles militaires et c’est avec fierté que je vois aujourd’hui mon gendre, Monsieur Lionel Boitel, prendre ma succession à ce poste.

J’ai eu à cœur d’expliquer à mes enfants, à mes petits-enfants, ce qu’est le devoir de mémoire, le sacrifice consenti par tant d’hommes. Ma fille Chantal Boitel est secrétaire du Souvenir Français, ma petite fille Sara m’a souvent accompagné lors des commémorations et une autre petite fille, Jennifer, a réalisé le dossier nécessaire à l’obtention de la médaille de l’Ordre national du Mérite que j’ai reçu en 2011.

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médailles

Médaille militaire Ordre national du Mérite Croix de guerre (Indochine)
Croix de guerre (Algérie) Croix du combattant Médaille coloniale d’Extrême-Orient)
Médaille commémorative d’Indochine Médaille Reconnaissance de la Nation Médaille commémorative d’Afrique du Nord

 

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