Monsieur Louis Michelet

Itinéraire d’un appelé du contingent lors de la guerre d’Algérie

Monsieur Louis MICHELET

Président du Comité d’Entente du Monde Combattant de Gagny

Président d’honneur de la FNACA, comité de Gagny

Trésorier du Souvenir Français

Pour commencer, je voudrais vous parler de la Seconde Guerre mondiale. Pendant cette période sombre, je vivais en Bretagne chez ma grand-mère. Je fus un enfant malingre, mes parents vivaient à Paris où je suis né le 1er juillet 1932 et ils m’ont donc envoyé à la campagne pour me refaire une santé.

Lorsque la Résistance s’est installée sur le territoire, de manière plus visible à partir de 1944, je n’étais qu’un enfant de 12 ans. Ma grand-mère n’a pas hésité un instant, elle vivait dans une maison isolée entre Fouesnant et La Forêt, idéale pour ce type de réunion. J’ai ainsi pu assister à des démonstrations de montage et de démontage de mitraillettes, de fusils, avec l’insouciance de mon jeune âge. Je trouvais tout cela bien banal… Mais le danger était bien réel, des Résistants ont été arrêtés, torturés, fusillés… On ne se rendait pas compte du danger.

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Au moment de l’évacuation, entre la Pointe du Raz et Lorient, les Allemands ont attaqué à proximité de chez nous, je m’en souviens encore, ma grand-mère faisait des crêpes quand ça s’est mis à pétarader, mais je devais quand même aller nourrir les lapins, la peur au ventre. Un monde bizarre, qui était pourtant notre ordinaire, mais si dangereux.

À la fin de la guerre, je suis rentré à Paris où j’ai passé mon « certif ». J’ai reçu le diplôme d’honneur de la classe. Je n’ai pas voulu aller dans le secondaire, je voulais travailler. J’ai fait une école d’électricité automobile pendant trois années puis j’ai travaillé chez Ford, Peugeot, Aston-Martin…

En mai 1953, j’ai été appelé sous les drapeaux. Les classes dans l’armée de l’air « c’était l’enfer ». On portait une tenue de drap bleu, il n’y avait pas de tenue d’été, alors avec la chaleur d’un mois de mai au Maroc… On crevait de faim, j’ai perdu 10 kilos en 2 mois. Je courais après la voiture du boulanger pour lui acheter un pain. Nous étions dans des chambrées de 30 à 50 soldats, nous mangions du gras de mouton avec des fayots. Il fallait nettoyer la gamelle avec du sable pour enlever le gras.

Dans chaque chambrée, on trouvait des jeunes originaires du pays. Ils nous tournaient systématiquement le dos… Un jour je leur ai demandé : « Qu’est-ce qu’on vous a fait ? » Ils m’ont répondu qu’ils n’avaient pas besoin de nous, les Métropolitains. Pour ajouter à la mésentente, nous n’avions pas de permission alors qu’eux pouvaient rentrer le weekend. Pendant trois mois, j’ai fait du tir, crapahuté dans la montagne sous les ordres d’un sous-officier qui revenait d’Indochine et qui buvait beaucoup… J’ai fait le reste de mon temps à Rabat où je suis devenu sergent. Les conditions de vie étaient bien meilleures.

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Je suis rentré à Paris fin 1954 où j’ai repris mon travail chez Aston-Martin, mais début 1956 j’ai été rappelé. J’ai été affecté à la base Maison-Blanche à Alger, groupe de transport aérien.

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Je me souviens de mon arrivée en Algérie, les derniers appelés partis en opération avaient été massacrés dans les Gorges de Palestro, égorgés, les parties génitales tranchées et placées dans la bouche, fermée par du fil de fer… C’était dans tous les journaux.

http://www.souvenir-francais-92.org/article-le-massacre-de-palestro-63230448.html

Fin 1956, j’ai été libéré. Je serai embauché chez EDF où j’ai fait toute ma carrière. La guerre je ne voulais pas en parler, il n’était pas question de se replonger dans ces événements. Puis, au moment de mon départ à la retraite, j’ai rencontré les gens de la FNACA et je suis entré au bureau. J’ai été président pendant 8 ans de 2008 à 2016 avant de laisser la place à Bernard Herniou. Cette association a été fondée par les appelés en 1958, car les militaires de carrière et leurs associations leur refusaient le titre d’anciens combattants, prétextant qu’ils « étaient allés en vacances » … Ce sentiment de rejet fut douloureux et fut à l’origine d’une association distincte, en aucun cas sur des motifs politiques. Le comité de Gagny a été créé le 15 novembre 1977.

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 J’ai également fondé le CEMC, Comité d’Entente du Monde Combattant de Gagny sous l’égide de Monsieur Teulet, qui nous a octroyé alors la Maison des Anciens Combattants. Le but est de fédérer l’action des associations d’Anciens Combattants et du Souvenir Français afin de créer un dynamisme permettant de développer un esprit d’union, de respect mutuel et de promouvoir le Devoir de mémoire en participant à des cérémonies patriotiques et en organisant des voyages intergénérationnels.

Nous nous engageons dans un esprit apolitique et dans le respect des spécificités de chaque association constituante du Comité d’Entente du Monde Combattant. Nous nous devons de transmettre aux jeunes générations la mémoire de tous les conflits.

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