Michel Mathé, être para, ma fierté

Ce n’est pas donné à tout le monde de porter le béret rouge.

Je me suis engagé à l’issue de mon année de service militaire à l’âge de 19 ans.

J’ai fait 5 ans au 17e RGP et j’ai participé à sept OPEX.

stèle démineur et pucelle du régiment.jpg
Stèle du démineur et pucelle du régiment

Lorsqu’on s’engage, il faut croire à beaucoup de choses. La vie de famille est forcément mise de côté et il y a souvent un divorce à la clé, parce qu’on n’est jamais là.

Pour ma part, j’avais un mot d’ordre à chaque opération, ne jamais laisser quelqu’un derrière. Dans tous les cas, ramener le personnel ou ce qu’il en restait…

groupe para
La plupart des hommes sur cette photographie ne sont plus là… Je suis le 2e accroupi à partir de la gauche.

Après cinq années à servir la France, j’ai choisi de suivre ma première épouse en Israël et c’est ainsi que j’ai rejoint l’armée israélienne dans laquelle j’ai poursuivi ma carrière militaire.

J’ai consacré ma vie à l’armée et le Dieu de la Guerre m’a épargné, je ne ferai ici état que d’une seule opération à laquelle j’ai participé, et au cours de laquelle je dois dire que j’ai laissé ma jeunesse. Ce fut au cours de ma 4e OPEX à Beyrouth lors de la guerre du Liban en 1983. (La guerre du Liban ou guerre civile libanaise est une guerre civile ponctuée d’interventions étrangères qui s’est déroulée de 1975 à 1990 en faisant entre 130 000 et 250 000 victimes civiles.) Notre rôle consistait à assurer la sécurité entre les musulmans et les chrétiens. Nous devions aussi déminer la ville entière, maison par maison, pierre par pierre.

déminage
Je suis en train de déminer, des civils passent à l’arrière-plan. C’était le quotidien.

II est 6 h 22, sur la position française «Drakkar», le 23 octobre 1983. Elle est installée dans un immeuble désaffecté de huit étages dans l’un des quartiers résidentiels de Beyrouth. Une compagnie d’une centaine d’hommes y est cantonnée et ils assurent la sécurité des populations du secteur.

Mes camarades et moi entendons un immense «boum», suivi d’un autre, quelques minutes plus tard. L’ordre est donné : « Vous partez sur Drakkar. » Nous avons ramassé les corps de nos camarades, 58 frères d’armes ont laissé leur vie dans cet immeuble en ruines qui fut littéralement arraché de ses fondations.

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Cérémonie aux Invalides le 2 novembre 1983.

Attentat du Drakkar à Beyrouth, Le Figaro

Après cela, on n’est plus tout à fait le même. Plus on perd de personnels, plus on devient violent et méchant et on ferait des choses qu’on ne ferait pas en temps normal. Malgré cela j’ai toujours réussi à garder une part d’humanité même lorsqu’il devenait difficile de croire encore dans le genre humain.

Le plus dur pendant les guerres, ce sont les enfants, je ne supporte pas de voir souffrir un enfant. À Beyrouth, les gosses se nourrissaient dans les poubelles, j’ai volé pour eux des rations quand j’étais de corvée. Je me suis fait prendre par mon adjudant (il est mort en Afghanistan). Il ne m’a pas sanctionné, mais je ne suis plus retourné sur les quais.

On pourrait croire que nous n’étions plus alors que des machines de guerre, mais c’est faux. La peur ne nous laisse pas de répit, le stress au combat est intense et après avoir vu autant d’horreurs, il est presque impossible de se réinsérer dans une vie normale. Nous avons brûlé notre vie par les deux bouts, mais sans aucun regret. Si c’était à refaire, je repartirais sur-le-champ.

Nous étions des gosses nous aussi.

20ans
J’ai 20 ans… Sur le site de Drakkar entre le 23 et le 25 octobre 1983.

On voulait se dépasser, montrer aux autres, à la famille, ce dont on était capable. Nous étions tous soudés, on réglait les problèmes ensemble. Une vie de militaire, c’est de la souffrance. Tu crois que tu ne peux pas, mais tu peux. Le prix est élevé, mais notre pays passe avant tout.

Le message que je veux faire passer aux jeunes c’est que rien n’est irréalisable dans la vie, mais il faut toujours savoir demander conseil.

Quand je suis devenu officier, mes hommes passaient avant tout, j’étais leur père, leur mère, leur grand-mère…

médailles

Chaque balle a une adresse, j’ai eu de la chance, je suis toujours là et je profite d’une vie de famille désormais heureuse. Je crois que j’ai toujours agi de manière juste.

« La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. »

Blaise Pascal

devant monument
Commémoration du 11 novembre 2019, place Foch à Gagny.

Michel Mathé est aujourd’hui âgé de 57 ans et se rend disponible pour toutes les cérémonies. Il est engagé auprès de l’UNC et du Souvenir Français.

2 réflexions sur “Michel Mathé, être para, ma fierté

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