Visite du Mont Valérien – 7 mai 2019

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le site du Mont-Valérien a été le principal lieu d’exécution des autorités allemandes en France. Dès 1944, grâce à la volonté politique du général de Gaulle et au travail des associations des familles des fusillés, il est devenu un lieu de mémoire.

Le Souvenir Français de Gagny a organisé un voyage intergénérationnel au Mont-Valérien le mardi 7 mai. Nous avons choisi d’inviter une classe de 3e du collège Monod qui avait réalisé un travail important au moment du Centenaire, en novembre 2018. Monsieur Michel Teulet, maire de Gagny, a généreusement mis un car à notre disposition.

 

Le groupe a été pris en charge par une guide remarquable qui a su partager ses connaissances, mais aussi son engagement à transmettre le devoir de mémoire, nous la remercions. Elle nous a d’abord conduits devant le mémorial de la France combattante afin de délivrer une explication détaillée des hauts reliefs et de leur symbolique.

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La guide a évoqué la symbolique de la flamme ravivée une fois par an, le 18 juin, en présence du Président de la République.

 

Monsieur Cotteret, élu en charge des anciens combattants, a généreusement contribué à la réussite de cette action.

À l’intérieur de la crypte où reposent les quinze dépouilles qui symbolisent la France au combat de 1939 à 1945, les élèves ont signé le livre d’or. Un 16e corps, celui d’un soldat fusillé par les Japonais en 1945 en Indochine, est transféré au Mont-Valérien le 9 mars 1952. Un emplacement est conservé pour accueillir le dernier Compagnon de la Libération qui décèdera.

 

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Au moment d’emprunter le circuit du parcours du souvenir, elle a fait remarquer la forme de la place en V (le V de la victoire) et les allées formant une croix de Lorraine.

 

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On dénombre 1 008 fusillés. Ils étaient résistants, otages, Juifs ou communistes. La ville de Gagny est particulièrement sensible à ce destin tragique puisque l’instituteur Paul Laguesse fut fusillé au Mont-Valérien le 21 septembre 1942. Le même sort fut réservé à Henri Maillard, dont la rue en face de la place Foch porte le nom.

Face au monument des fusillés, les élèves ont d’ailleurs pu rechercher leurs noms.

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L’émotion a saisi le groupe entier dans la chapelle, lieu d’attente pour les condamnés, devant les poteaux d’exécution et les graffitis. Une élève a lu la dernière lettre d’un fusillé.

De retour à l’extérieur, les porte-drapeaux ont déroulé leur drapeau et un élève a interrogé Monsieur Cotteret pour connaître l’origine des drapeaux, et qui avait le droit de porter un drapeau.

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Chaque porte-drapeau a présenté son association ; puis les élèves ont défilé en cortège derrière les porte-drapeaux jusqu’à la clairière.

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Dans la clairière, après les explications de la guide, et la prise de conscience du silence de ce lieu, les collégiens ont déposé la gerbe du Souvenir Français au pied de la dalle. Pour achever la cérémonie, nous avons entonné la Marseillaise.

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Vous pouvez également découvrir ce haut lieu de la mémoire nationale grâce à la visite virtuelle en suivant le lien ci-dessous.

http://www.mont-valerien.fr/parcours-de-visite/la-visite-virtuelle/

Tous nos remerciements à Madame Régine Gérard-Anghelidi, nous lui devons toutes ces prises de vue et le témoignage de cette visite. Je remercie également les adhérents qui ont participé à un temps de partage mémoriel avec la jeune génération.

N’oublions pas que notre devoir est de transmettre. C’est l’une des missions premières du Souvenir Français.

Enfin, je félicite les collégiens pour leur comportement exemplaire et leurs professeurs pour leur implication dans ce projet.

Danielle Lemaire, présidente du Souvenir Français de Gagny

La gare de Bobigny

La gare de Bobigny : lieu de mémoire de la déportation des Juifs de France.

La mairie de Bobigny organise régulièrement des visites de l’ancienne gare de déportation. J’ai pu réaliser cette visite le dimanche 31 mars 2019 avec l’accompagnement d’une guide très investie, Anaëlle.

Accessibilité : ligne 151, arrêt « Gare », Bobigny.

gare de bobigny

Le bâtiment de la gare ne se visite pas, il est en trop mauvais état. Pendant la Seconde Guerre mondiale, 6 familles de cheminots y logeaient. Une plaque a été apposée par la mairie de Bobigny pour rappeler le rôle de ce lieu dans la déportation de 22 400 Juifs (hommes, femmes et enfants) entre juillet 1943 et la Libération. Ce choix répondait, pour les nazis, à une nécessité de discrétion. Auparavant les convois partaient de la gare du Bourget.

plaque commémorative

Note sous photo : le convoi 73 était composé d’hommes en bonne santé à destination de Kaunas et Tallin. Ils furent contraints de déterrer les corps des fosses par balles, solution adoptée par les nazis avant le gazage (solution finale).

Le convoi était formé depuis le camp de Drancy, qui se trouve à trois kilomètres de là. Les personnes étaient transportées en bus. Chaque bus comptait 50 personnes qui venaient s’agglutiner dans un wagon à bestiaux. Un convoi déportait 1 000 personnes essentiellement vers le camp d’Auschwitz.

fresque maison des lampistes

Le trajet durait 53 heures. Un déporté recevait une miche de pain, un seau était disposé dans le wagon pour les besoins et un autre contenant de l’eau. Le taux de mortalité par convoi était de 10 à 15 %. Les gardes prévenaient : en cas d’évasion dans un wagon, une personne était désignée responsable du wagon et sa famille entière serait fusillée.

Il faut rappeler que 76 000 Juifs français ont été déportés et on estime entre 3 et 5 % le nombre de personnes ayant survécu aux camps. 45 000 ont emprunté l’itinéraire au départ du Bourget qui ne présente qu’une simple plaque commémorative…

photo carte déportation

Un homme détient un rôle fondamental dans la Shoah telle qu’elle a été organisée en France, il s’agit d’Alois Brunner. Il devient le directeur du camp de Drancy au cours de l’été 1943, il va réorganiser le camp afin de mettre en scène le départ des prisonniers en incitant en particulier le « regroupement familial », par son action il fut le maître d’œuvre de la « solution finale » sur notre territoire.

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Brunner a réussi à fuir à la Libération, en prenant en otage un dernier convoi, le 17 août 1944. Il est parti pour la Syrie où il a vécu paisiblement jusqu’en 2001.

La ville de Bobigny, qui s’était déjà opposée à la destruction du site dans les années 90 souhaite désormais faire de ce lieu de mémoire un outil de transmission du devoir de mémoire. L’ancienne gare de marchandises devrait devenir un lieu de commémoration et d’exposition. L’exposition actuelle a été financée par la SNCF.

Nous ne pouvons que saluer cette volonté, car la Seine–Saint-Denis a une position centrale à tenir du fait de l’existence de plusieurs lieux de mémoire sur son territoire. Nous apercevons d’ailleurs depuis la gare de Bobigny le fort de Romainville où les Résistants étaient enfermés avant d’être fusillés au Mont-Valérien ou déportés.

gare de marchandises

Pour de plus amples informations, vous pouvez consulter le site suivant : garedeportation.bobigny.fr

Auschwitz, et après ?

Compte-rendu de visite des camps d’Auschwitz et Birkenau le 8 avril 2018, dans le cadre du voyage organisé par l’UNC.

Sur les sites d’Auschwitz et Birkenau, nous nous sommes mêlés à des « hordes » de touristes débarqués de cars de tourisme dans une confusion qui, au premier abord, crée un sentiment de trouble. Que sommes-nous venus « visiter » ? Est-ce que nous allons vivre une rencontre avec l’Histoire ou sommes-nous conviés à un événement d’une nature quelconque ?

À l’entrée du camp d’Auschwitz, toutes nations confondues, nous observons des pictogrammes qui interdisent de manger sur les lieux, de porter des vêtements trop légers… comme dans tous les musées du monde… mais nous entrons dans un musée à ciel ouvert, tourné vers le ciel où l’on peine à imaginer la vie quotidienne des suppliciés tant le cadre paraît parfait… Des allées entretenues, soigneusement alignées, verdoyantes… (le camp d’Auschwitz I est une ancienne caserne polonaise).

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Les visiteurs constituent des « bataillons » disciplinés, casques sur les oreilles, suivant docilement des guides assermentés par le musée. Le ton est bas, monocorde, la discrétion est de mise… pour ne pas déranger les autres groupes. Et puis… au détour d’un « block », on entrevoit l’horreur, parce qu’on quitte le monde des hommes pour descendre dans les entrailles d’une machine de destruction physique et morale.

Au sous-sol du block 11, après de longs couloirs qui déjà inspirent la crainte… les cachots. Des pièces étroites et pratiquement aveugles, on pouvait y entasser jusqu’à vingt prisonniers, un peu moins dans les cachots destinés à la « famine ». Tout au fond à droite… l’inimaginable… trois espaces de la taille d’une cabine de douche (on les appelait les cachots-debout) par lesquels on accédait par une trappe comme dans un four et où quatre prisonniers pouvaient passer la nuit debout, serrés les uns contre les autres, sans ouverture, sans pouvoir s’asseoir… On comprend l’asphyxie du cœur et de l’âme, le sentiment de détresse absolue.

On ressort de cet enfer par un couloir de lumière qui nous mène tout droit au mur des fusillés. Au fond d’une cour aveugle, car les fenêtres du bâtiment adjacent (où les femmes subissaient des expériences de stérilisation) sont totalement obstruées. Le mur est recouvert de blocs de pierre devant lesquelles les prisonniers étaient sommairement exécutés après une longue agonie de tortures.

Une des facettes du crime se dévoile dans cette organisation, la froideur du crime de masse, impeccablement orchestré, mais dont on tente de dissimuler les conséquences. Une face visible nette et ordonnée et les bas-fonds d’une inhumanité.

Les écrits de Céline nous reviennent en mémoire et en particulier sa description du château de Sigmaringen où le gouvernement de Vichy s’était réfugié à la fin de la Seconde Guerre mondiale (D’un château l’autre), château d’opérette ressemblant à un décor en stuc où pourtant se déroulent à ses pieds des scènes orgiaques. Le parallèle avec la ville de Cracovie, si belle, si majestueuse, à une heure de route seulement des camps de la mort y fait forcément écho. Les plus belles façades cachent parfois la lie de l’humanité.

Le mot « visite » associé aux camps de concentration est difficile à prononcer… Que visitons- nous sous ce soleil radieux ? La mort ? Les torturés ? Les sacrifiés ?

Je m’attendais en entrant sur ce camp hautement symbolique et représentatif de l’univers concentrationnaire, sous le portail à l’adage connu du monde entier : Arbeit Macht Frei, à être envahie par l’émotion, mais non, je peux garder mon calme… Le « musée » a été pensé de manière à rendre hommage aux victimes, mais sans exposition outrancière du pathos.

Nous découvrons les salles contenant des vitrines d’objets ayant appartenu aux déportés : hommes, femmes et enfants, mais ce qui attire notre attention c’est le petit soulier d’enfant qui a dégringolé en bas de l’amoncellement d’effets personnels, artistiquement exposé.

La volonté des nazis était le crime de masse, l’anéantissement de populations entières, c’est  donc dans l’individuation que l’on peut faire renaître l’humanité. L’Humanité ne peut être conçue comme une entité informe, elle ne prend son sens que dans la souffrance d’un seul être, tel que l’exprime dans la religion chrétienne le sacrifice du Christ. À ce titre, les salles proposant des portraits datant d’avant-guerre sont significatives, car ils donnent à visage à ceux que le camp a voulu dissoudre dans l’Absurde.

L’Absurde ici peut se définir selon la conception de Jean-Paul Sartre qui considère l’Absurde comme « étant au-delà de toutes les raisons » (L’Être et le Néant). Nous pouvons encore comparer le labeur du déporté à celui de Sisyphe, condamné à rouler son rocher jusqu’à la fin des temps. Le prisonnier qui a échappé lors de la sélection à une orientation vers la chambre à gaz se voit condamner à travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive, en répétant inlassablement les mêmes gestes, avec la même servitude et sans aucune chance de se soustraire à une mort fatidique, seule échappatoire possible à l’enfer des hommes.

Le camp de Birkenau offre un spectacle différent de celui d’Auschwitz, le plan d’extermination est visible à l’œil nu par l’étalement des baraquements en bois ou en briques dans l’espace et par la vue des cheminées qui attirent tout de suite notre attention.

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Nous découvrons les châlits, lits à trois étages, les prisonniers s’y entassaient et par manque de place dormaient sur le côté parmi la vermine et les rats. Le corps perpétuellement recouvert de plaies d’origines diverses, l’individu n’est plus que souffrance et au bout de quelques jours voire quelques semaines des maladies comme le typhus viennent anéantir son dernier souffle.

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Le quotidien dans le camp est perceptible par l’absence d’espaces sanitaires, les latrines se résument à une pièce où des trous sont disposés en quinconce, aucune séparation, tout est collectif  dans le camp, la déshumanisation passe par la fin de toute intimité. Il existe d’ailleurs un espace de « quarantaine », qui est destiné à adapter le prisonnier à ses nouvelles conditions d’existence.

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L’organisation du camp de Birkenau, si elle est aussi méticuleuse que celle d’Auschwitz, ne laisse plus de place à aucune forme de « méprise » … Depuis le quai de débarquement où les personnes sont déversées des wagons à bestiaux jusqu’au chemin qui les conduit à la chambre à gaz, les précautions sont minimales, on ne cherche presque plus à masquer l’horreur. Le dispositif des vestiaires qui précède l’entrée dans la chambre à gaz ne vise qu’à éviter d’éventuels mouvements d’une foule qui reculerait devant le danger de mort imminente, la comédie n’a plus rien de baroque, le dépouillement est de mise.

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Arrêtons-nous alors sur les visages de tous ces adolescents que nous croisons lors de notre  visite du camp, en effet, les enseignants remplissent pleinement leur mission d’éveil des consciences, de nouveau de nombreuses nationalités se pressent pour constater de leurs yeux l’horreur des camps de concentration. Ils ont moins de 20 ans et se déplacent respectueusement et groupés dans le camp, mais que peuvent-ils comprendre à ce qu’ils voient ? La difficulté vient du fait qu’il n’existe pratiquement aucune trace des massacres, seules trois photographies prises au péril de sa vie par un prisonnier sont disposées près d’une clairière et elles présentent aux yeux innocents la nudité d’une mort infâme.

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Il s’avère que nous ne pouvons pas nous poser la question dans ces termes, il n’y a pas d’expérience humaine quelle qu’elle soit qui puisse préparer à l’indicible, l’âge n’y fait rien et d’ailleurs n’oublions pas que prisonniers et gardiens étaient pour la plupart très jeunes, il faut rappeler que les plus âgés étaient immédiatement exterminés ou ne pouvaient supporter bien longtemps les conditions de vie dans le camp.

Non, il semble que la seule valeur à prendre en compte soit la capacité d’imagination de l’individu confronté à la découverte des camps. L’auteur Charlotte Delbo, survivante de l’Holocauste, évoque cette caractéristique humaine dans son récit :

« Vous direz qu’on peut tout enlever à un être humain sauf sa faculté de penser d’imaginer. Vous ne savez pas. On peut faire d’un être humain un squelette où gargouille la diarrhée, lui ôter le temps de penser, la force de penser. L’imaginaire est le premier luxe du corps qui reçoit assez de nourriture, jouit d’une frange de temps libre, dispose des rudiments pour façonner ses rêves. À Auschwitz, on ne rêvait pas, on délirait. »

Les objets exposés, les bâtiments conservés, ne sont pas signifiants si on ne dispose pas de la capacité à concevoir ce qu’ils pouvaient engager. Il faut donc se représenter des situations qui sont totalement hors-normes, mais qui ont pourtant cruellement existé. Cela engage ce que l’on nomme le devoir de mémoire…

Ce travail est indispensable pour empêcher que les événements ne se reproduisent, pour élever les consciences vers un devoir d’humanisme. Mais il ne peut se satisfaire de commisération, il faut encore se souvenir du témoignage des hommes et des femmes qui ont vécu ces événements dans leur chair. Charlotte Delbo a donné à l’ouvrage précédemment cité le titre suivant : une connaissance inutile et explique à la fin de son ouvrage qu’elle est revenue d’entre les morts :

« Je suis revenue d’entre les morts et j’ai cru
que cela me donnait le droit de parler aux autres
et quand je me suis retrouvée en face d’eux je n’ai rien eu à leur dire
parce que j’avais appris là-bas
qu’on ne peut pas parler aux autres. »

Charlotte Delbo

Le pouvons-nous alors ? Pourquoi vouloir parler aux jeunes générations malgré tout ? Avons- nous réellement quelque chose à leur apprendre qu’ils ne puissent apprendre par eux-mêmes ?

Comme Charlotte Delbo si nous avons le droit de leur dire quelque chose c’est qu’il faut aimer la vie, l’aimer follement, car en aimant la vie peut-être éviterons-nous la mort inutile… Au moins, avoir conscience du bonheur de vivre et comme le dit notre auteur essayer de « faire quelque chose » de ce cadeau qui nous a été fait :

« Je vous en supplie faites quelque chose apprenez un pas une danse
quelque chose qui vous justifie qui vous donne le droit
d’être habillés de votre peau et de votre poil apprenez à marcher et à rire
parce que ce serait trop bête à la fin
que tant soient morts et que vous viviez
sans rien faire de votre vie. »

Charlotte Delbo

S’il existe un devoir de mémoire, qu’il soit aussi une injonction à vivre, à vivre sans oublier…

 

Danielle Lemaire

 

Participation au ravivage de la flamme sous l’Arc de Triomphe avec les élèves de Gagny

Site des DDEN 93

En 2005 j’étais présidente de la délégation des DDEN de Gagny Villemomble, Monsieur Michelet également DDEN nous a proposé d’initier des actions devoir de mémoire auprès des élèves des classes de CM2.

L’idée nous apparut séduisante et nous avons décidé que cette action ne pourrait être réalisée qu’en partenariat avec les anciens combattants et le Souvenir Français dans une idée d’action intergénérationnelle et dans un souci de transmission.

J’ai contacté le colonel Taurand alors président du Souvenir Français et  il nous a mis en relation avec le comité de la flamme pour organiser avec les classes de CM2 des écoles de Gagny les cérémonies de ravivage de la flamme à l’Arc de Triomphe. J’ai contacté la municipalité afin qu’elle soit partie prenante de cette action, elle a accepté de nous fournir les cars.

Depuis 2005 d’abord une puis trois jusqu’à 5 cérémonies sont organisées et environ une centaine d’élèves chaque année. Dans le car nous demandons aux anciens combattants de se mélanger aux enfants pour favoriser les échanges.  Le colonel Taurand profitait du trajet pour évoquer l’histoire du soldat inconnu et du choix du cercueil par Auguste Thin.
Les porte-drapeaux des différentes associations d’anciens combattants et du Souvenir Français accompagnaient les classes ce qui donnait à ces cérémonies plus de solennel.

Nous avons également décidé que les élèves des écoles déposeraient une gerbe aux différentes commémorations. Nous avions choisi de faire déposer à l’école Paul Laguesse puisque sur sa façade il y avait deux plaques ; une en l’honneur des enseignants Morts pour la France le 11 novembre et l’autre en l’honneur de Paul Laguesse, enseignant dans cette école et fusillé au mont Valérien le 21 septembre 1942.

Chaque année une cinquantaine d’élèves accompagnés de parents venaient et cela faisait une très belle cérémonie. Un 11 novembre la cérémonie avait eu lieu sous une pluie battante et les élèves sont restés dignes et recueillis, à la fin je leur ai demandé s’ils n’avaient pas trop froid, l’un d’eux m’a répondu que ce n’était rien à côté de ce qu’avait enduré nos Poilus.

— Régine Gérard, secrétaire générale des DDEN du 93

 

Nous aurons à cœur de faire perdurer cette belle tradition en continuant à accompagner les groupes d’élèves volontaires à Paris, cette année les dates suivantes ont été retenues : 02/04 – 16/04 – 14/05 – 28/05 – 25/06.

— Danielle Lemaire

Le devoir de mémoire — R. Taurand

Le devoir de mémoire

Par le Lieutenant-colonel honoraire Robert TAURAND

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LCL(H) Robert Taurand

Préambule

La mémoire… ce qui est inscrit dans le cerveau de l’homme.

Ce qui reste de souvenirs enregistrés, accumulés, imprégnés et filmés dans l’ordinateur humain le plus exceptionnel qui soit.

Cette superbe « machine » solide et fragile à la fois, dont l’inventeur reste un inconnu, est capable de performances sidérantes, qui étonnent et laissent admiratifs. Aujourd’hui encore, elle pose de grands problèmes et des interrogations à la science la plus sophistiquée, du monde entier.

Cet « engin » magnifique, étrangement placé dans cette boîte crânienne qui le protège, telle une boîte à bijoux, reste pour chacun de nous l’album de notre vie passée. Dans ce livre très personnel, sur un simple appel, nous puisons et laissons revivre les souvenirs, bons et mauvais, selon notre choix.

Se souvenir de quelqu’un, revoir ces souvenirs comme ces photos sur papier glacé, parfois jaunies par le temps écoulé et aussi comme ces plaques de verre dépoli de nos arrières grands parents, sur lesquelles étaient fixées ces images par les rayons du Soleil et qui hélas n’ont pas résister à l’érosion, à la dégradation progressive de choses, et maintenant devenues pour la plupart illisibles.

Notre mémoire individuelle et celle des autres, donnent rassemblées, la mémoire collective.

Le Devoir de mémoire

Devoir, une valeur sûre !

Devoir pour la reconnaissance, pour l’honneur (autre valeur sûre). Devoir qui utilise la mémoire, les souvenirs pour transmettre ce que l’on a vu, vécu, entendu, réalisé, ressenti pour honorer et rendre hommage.

Le devoir de l’homme est de transmettre son savoir, ses connaissances et de présenter généreusement tous les clichés entreposés dans le cerveau. Clichés qui parlent et racontent des faits passés, qui montrent des images, des mouvements, des actes, des périodes touchant au déroulement de toute sa vie passée. De relater ses souvenirs encore vivants, les bons et les mauvais, avec sincérité, honnêteté et vérité.

Un homme doit apporter aux autres ses connaissances, les partager, en faire profiter, les offrir aux générations présentes et à venir, de son vivant.

Le devoir de mémoire doit servir d’exemple dans ce qui touche les valeurs qui donnent un vrai sens à la vie. Il servira à l’élévation des connaissances, à la morale pour l’homme lui-même en même temps qu’à toute la société.

Pour nous, les anciens qui avons connu tant de drames, de malheurs dans le 20e siècle, notre devoir est de relater ce que nous avons vécu… peut-être pour éviter que l’histoire sanglante ne se reproduise pas. Également dans un souci de reconnaissance, parler de nos familles, de nos maîtres, instituteurs, prêtres, cadres et responsables à tous les niveaux… et d’en parler sans tricher, sans chercher à les modifier, en évitant toute exagération et toute fantaisie.

Le devoir de mémoire est d’utiliser tous les moyens pour que s’inscrivent dans les actions menées, l’hommage, la reconnaissance, à ceux qui nous ont devancés et accomplis des vies exemplaires, recherches, exploits, sacrifices…

Ces actions peuvent être nombreuses et diverses.

Par des récits, des écrits, des livres, des chants, par la documentation… des peintures, des œuvres d’art, de la poésie, des conférences, des entretiens, des dialogues, des spectacles.

Par des expositions, des voyages, des circuits pédagogiques, des visites de hauts lieux (Verdun, le Vercors, des centaines d’endroits).

Par des visites de grands cimetières militaires, et civils, de carrés militaires, de musées, mémoriaux, nécropoles.

Dans le cadre de cérémonies, de commémorations, de réunions, de cérémonies à caractère du souvenir, de recueillement, de veillées (11 novembre, 8 mai, 5 décembre, 18 juin, libération des villes, de lieux — emplacement débarquement, lieux de grandes batailles — d’exploits).

Par l’organisation de Prix nationaux, de concours, sur des sujets divers : la guerre, la libération, la déportation, la résistance, les grandes victoires, les grandes défaites, etc.

Par la distribution de diplômes d’honneur, de diplômes de participation, de prix, de médailles.

Par l’organisation de fêtes, journées de la citoyenneté, de la paix, de la jeunesse.

Par des contacts, des rencontres, des entretiens avec les responsables de l’instruction, de l’éducation, particulièrement avec les professeurs d’histoire, les écrivains, les journalistes.

Par des contacts avec l’armée, avec les responsables des associations d’anciens combattants, les organisations de relais sportifs (relais historiques comme le chemin de la liberté, le marathon de la voie sacrée, etc.)

Par des contacts et rencontres avec l’ONAC, le délégué départemental militaire, les associations culturelles, sportives et sociales, les cadres de l’armée, les associations de préservation de la mémoire telles le Souvenir Français, la Fédération Maginot, Rhin-Danube, les fondations Maréchal Leclerc, Maréchal de Lattre et d’autres…

Par la fidélité aux participations aux cérémonies du Souvenir, par la montée et descente des couleurs, par une présence devant les monuments aux Morts dans les villes et villages de France et partout dans le monde où s’est inscrite l’histoire de notre pays. Présence aux cérémonies officielles, respect aux drapeaux, aux décorés, aux artisans encore vivants de notre époque, vieillis, malades, handicapés par l’âge, revenus de guerres terribles, de déportations inhumaines, sortis de prison de et camp de la mort, et de la torture, de sinistres mémoires.

Devoir de mémoire, pour honorer nos morts tombés au Champ d’Honneur, simplement pour la guerre 14-18, plus d’un million cinq cent mille morts et deux millions cinq cent mille blessés. Pour le siècle passé… 3 millions de soldats tombés au combat et 2 millions de civils.

Devoir de mémoire pour montrer notre reconnaissance, notre respect également à ceux qui en sont revenus. Honorer ces hommes et ces femmes qui ont défendu le sol, la terre, la famille, leurs liens, la liberté. Pour se souvenir également de toutes ces personnes de France, de nos anciennes colonies, de nos amis étrangers, qui reposent dans tant de cimetières (certains perdus, abandonnés).

Devoir de mémoire pour construire la Paix, sans oublier les drames, les sacrifices, la folie des hommes. Parler aussi du courage, de la fidélité de l’homme pour défendre les causes honorables, nécessaires à la survie.

Vous, la jeunesse qui aujourd’hui prenez votre place, à votre tour s’accumulera dans vos cerveaux, votre histoire et aussi la transmettrez à d’autres encore plus jeunes. Votre histoire sera différente de la nôtre mais fera partie de l’histoire de votre pays. Un maillon de la chaîne sera réalisé.

Un bout d’histoire prendra place… la chaîne de la continuité est ainsi faite.

Le devoir de ceux qui détiennent la mémoire est de témoigner sans relâche. Ceux qui ont à connaître doivent être attentifs et ne pas oublier que :

« Sans passé, il n’y a pas d’avenir possible. »

Devoir de mémoire pour construire la Paix, sans oublier les sacrifices, les drames et aussi la folie des hommes. Parfois aussi leur faiblesse, lâcheté, abandon, cruauté, vengeance, heureusement plus rares que le courage, la volonté, l’abnégation, la loyauté, la générosité, et le respect d’autrui.

Alors pour l’instant, vous qui m’écoutez, je l’espère, retiendrez toute l’importance que revêt le devoir de mémoire.

Merci de m’avoir écouté — Posez des questions — Soyez curieux.

 

Discours prononcé lors de la réunion des jeunes appelés à la Défense, en Seine–Saint-Denis, à Villemomble.