Michel Mathé, être para, ma fierté

Ce n’est pas donné à tout le monde de porter le béret rouge.

Je me suis engagé à l’issue de mon année de service militaire à l’âge de 19 ans.

J’ai fait 5 ans au 17e RGP et j’ai participé à sept OPEX.

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Stèle du démineur et pucelle du régiment

Lorsqu’on s’engage, il faut croire à beaucoup de choses. La vie de famille est forcément mise de côté et il y a souvent un divorce à la clé, parce qu’on n’est jamais là.

Pour ma part, j’avais un mot d’ordre à chaque opération, ne jamais laisser quelqu’un derrière. Dans tous les cas, ramener le personnel ou ce qu’il en restait…

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La plupart des hommes sur cette photographie ne sont plus là… Je suis le 2e accroupi à partir de la gauche.

Après cinq années à servir la France, j’ai choisi de suivre ma première épouse en Israël et c’est ainsi que j’ai rejoint l’armée israélienne dans laquelle j’ai poursuivi ma carrière militaire.

J’ai consacré ma vie à l’armée et le Dieu de la Guerre m’a épargné, je ne ferai ici état que d’une seule opération à laquelle j’ai participé, et au cours de laquelle je dois dire que j’ai laissé ma jeunesse. Ce fut au cours de ma 4e OPEX à Beyrouth lors de la guerre du Liban en 1983. (La guerre du Liban ou guerre civile libanaise est une guerre civile ponctuée d’interventions étrangères qui s’est déroulée de 1975 à 1990 en faisant entre 130 000 et 250 000 victimes civiles.) Notre rôle consistait à assurer la sécurité entre les musulmans et les chrétiens. Nous devions aussi déminer la ville entière, maison par maison, pierre par pierre.

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Je suis en train de déminer, des civils passent à l’arrière-plan. C’était le quotidien.

II est 6 h 22, sur la position française «Drakkar», le 23 octobre 1983. Elle est installée dans un immeuble désaffecté de huit étages dans l’un des quartiers résidentiels de Beyrouth. Une compagnie d’une centaine d’hommes y est cantonnée et ils assurent la sécurité des populations du secteur.

Mes camarades et moi entendons un immense «boum», suivi d’un autre, quelques minutes plus tard. L’ordre est donné : « Vous partez sur Drakkar. » Nous avons ramassé les corps de nos camarades, 58 frères d’armes ont laissé leur vie dans cet immeuble en ruines qui fut littéralement arraché de ses fondations.

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Cérémonie aux Invalides le 2 novembre 1983.

Attentat du Drakkar à Beyrouth, Le Figaro

Après cela, on n’est plus tout à fait le même. Plus on perd de personnels, plus on devient violent et méchant et on ferait des choses qu’on ne ferait pas en temps normal. Malgré cela j’ai toujours réussi à garder une part d’humanité même lorsqu’il devenait difficile de croire encore dans le genre humain.

Le plus dur pendant les guerres, ce sont les enfants, je ne supporte pas de voir souffrir un enfant. À Beyrouth, les gosses se nourrissaient dans les poubelles, j’ai volé pour eux des rations quand j’étais de corvée. Je me suis fait prendre par mon adjudant (il est mort en Afghanistan). Il ne m’a pas sanctionné, mais je ne suis plus retourné sur les quais.

On pourrait croire que nous n’étions plus alors que des machines de guerre, mais c’est faux. La peur ne nous laisse pas de répit, le stress au combat est intense et après avoir vu autant d’horreurs, il est presque impossible de se réinsérer dans une vie normale. Nous avons brûlé notre vie par les deux bouts, mais sans aucun regret. Si c’était à refaire, je repartirais sur-le-champ.

Nous étions des gosses nous aussi.

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J’ai 20 ans… Sur le site de Drakkar entre le 23 et le 25 octobre 1983.

On voulait se dépasser, montrer aux autres, à la famille, ce dont on était capable. Nous étions tous soudés, on réglait les problèmes ensemble. Une vie de militaire, c’est de la souffrance. Tu crois que tu ne peux pas, mais tu peux. Le prix est élevé, mais notre pays passe avant tout.

Le message que je veux faire passer aux jeunes c’est que rien n’est irréalisable dans la vie, mais il faut toujours savoir demander conseil.

Quand je suis devenu officier, mes hommes passaient avant tout, j’étais leur père, leur mère, leur grand-mère…

médailles

Chaque balle a une adresse, j’ai eu de la chance, je suis toujours là et je profite d’une vie de famille désormais heureuse. Je crois que j’ai toujours agi de manière juste.

« La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. »

Blaise Pascal

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Commémoration du 11 novembre 2019, place Foch à Gagny.

Michel Mathé est aujourd’hui âgé de 57 ans et se rend disponible pour toutes les cérémonies. Il est engagé auprès de l’UNC et du Souvenir Français.

Monsieur Pierre ANGENARD ou l’échappée héroïque

Pierre Angenard a commencé sa vie dans la petite ville de La Loupe, Eure-et-Loire. Il est né le 26 novembre 1921, son père est décédé des suites de ses blessures lors de la Première Guerre mondiale et son grand-père a fait la guerre de 1870, tous les deux ont reçu la Croix de Guerre. Un aïeul, Guillaume-Marie Angenard (XVIIIe/XIXe sicèles) a été bras droit de Robert Surcouf, et est devenu lui-même corsaire du roi.

Monsieur Angenard nous relate son engagement au cours de la Seconde Guerre mondiale.

J’ai commencé ma vie professionnelle en 1936 en tant que garçon boucher à Nogent-le-Rotrou. En 1939, j’ai 18 ans et je ne peux pas encore être appelé (20 ans). Le patron de la boucherie étant père de trois enfants est libéré et reprend son poste. Par contre le travail manque, car, en raison du rationnement, les Français n’ont droit qu’à 150 grammes de viande par semaine.

Sans emploi, je suis réquisitionné par les Allemands en 1942. Je travaille dans le parc du château de La Loupe, réquisitionné par les Allemands, nous empilons des bidons d’essence. Ensuite, je suis envoyé à Cherbourg. Au cap de La Hague arrivaient des gens de toute l’Europe. Grâce à quelques notions de langue allemande, je demande aux Hollandais ce que l’on fait ici. Ils m’expliquent que nous creusons des trous pour enterrer des mines pour empêcher le débarquement anglais. Je comprends alors que je vais contribuer de manière inique à l’effort de guerre contre toutes mes valeurs et ma volonté d’engagement au service de la France.

Pour échapper à cette emprise, j’ai simulé une rage de dents. On m’a envoyé à Cherbourg. Je voulais rentrer à Paris et surtout expliquer à ma mère que je souhaitais passer en zone libre. Au cours du périple que je vais vous relater j’ai bénéficié de l’aide du curé de ma paroisse qui m’a remis une sorte de passeport sur lequel était indiqué : « En cas de nécessité je vous recommande de porter secours à cette personne ». Le Curé-Doyen Lhomme était un homme courageux qui avait acquis une certaine renommée grâce à la publication de quelques ouvrages.

Mon voyage fut aussi l’occasion d’une rencontre avec un homme démobilisé, un militaire de carrière qui voulait suivre le même chemin afin de passer en Espagne. Nous avons quitté Paris en direction de la ligne de démarcation sur la Loire que nous passons en fraude à Vierzon. C’était en janvier 1943, il faisait froid mais heureusement il n’y avait pas beaucoup de neige. Nous avons été obligés de passer par Dax, qui était en zone rouge, occupée par les Allemands puis nous avons pris la direction de Bayonne en train. Nous devions descendre avant l’entrée en gare du train pour échapper aux nombreux contrôles d’identité. Pour cela nous avons emprunté des chemins escarpés dont une échelle scellée à un mur de 3 à 4 mètres en bravant tous les dangers.

Nous cherchions le presbytère, nous avons aperçu des clochers qui en réalité étaient la cathédrale. Le passeport délivré par le curé de La Loupe nous a permis de trouver asile auprès de l’évêque de Bayonne. Lorsque j’ai frappé à la porte du presbytère. On m’a demandé « Qui est là ? » Par réflexe j’ai répondu : « Un jociste » (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). Nous avons été conduits vers le logement des prêtres où nous avons été hébergés et un prêtre espagnol nous offrira une lettre pour un passeur.

La chance nous a quittés, nous avons été arrêtés au moment où nous montions dans le train et isolés dans un wagon. Mon camarade était champion de boxe moyen alors il a voulu assommer nos gardes, j’ai crié « non ». J’ai senti que le moment n’était pas opportun. Nous avons été déplacés dans un autre wagon. La porte de ce wagon n’avait pas de bouton, il suffisait de baisser la vitre et nous pouvions l’ouvrir de l’extérieur. Malgré la présence d’un soldat en armes, nous avons tenté le tout pour le tout et nous sommes tombés sur le ballast avec un 3e larron, nous avons couru le long des rails et nous nous sommes cachés jusqu’au soir.

Vers 18 heures nous avons repris notre chemin, à pied, à l’aide d’une boussole. Nous avons marché pendant 24 heures. Des carabiniers nous ont tirés dessus et nous avons été mis en prison à Pampelune. Nous sommes entassés à 8 dans des cellules prévues pour une personne pendant 39 jours et nous n’avions pas grand-chose à manger. J’ai perdu 10 kilos, chaque jour des hommes perdaient connaissance, dans un état de faiblesse extrême.

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On nous a remis dans le train, en direction du nord de l’Espagne. On nous a dit qu’on nous envoyait au « palacio » (hôtel) mais en fait, nos conditions de détention se sont encore aggravées. J’ai couché 100 jours sur le ciment, il y avait des trous avec du sang dans les murs. Les paillasses étaient empilées dans un coin, car elles étaient infestées de punaises. Nous n’avions qu’une petite couverture aussi nous nous collions les uns contre les autres pour garder un peu de chaleur. Il fallait se positionner sur le côté, plusieurs fois par nuit, on se tapait sur l’épaule pour indiquer un changement de position, car nos hanches devenaient douloureuses.

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Le nom « Mañana » se réfère à la réponse systématique qui leur a été donnée (demain, en espagnol).

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En mai-juin, nous avons été envoyés à Miranda de Ebro, certains se sont plaints de ce camp de concentration, pour nous c’était bien mieux, car nous étions à l’air libre. Nous avons été libérés grâce à l’intervention d’ambassadeurs, Franco nous aurait tous fait crever. Il y avait un système d’échange, un sac de blé américain contre un homme. Je passe au Portugal, qui est pro-anglais, et j’embarque pour l’Angleterre. Au cours du voyage, on nous annonce que Charles de Gaulle est en Afrique du Nord. Nous sommes alors détournés et nous prenons la route de Casablanca.

J’ai vécu un des moments les plus émouvants de ma vie lors de l’arrivée au port, tous les bateaux nous ont accueillis avec leurs pavois, sirènes et grands-pavois, et nous ont présenté les honneurs. Vraiment ce fut l’un des plus beaux jours de ma vie. Nous étions accueillis, nous les damnés, chaleureusement alors que nous nous tenions au bastingage d’épuisement, affamé et plein de poux.

J’ai stationné à Médiouna. Le camp de contrôle était entouré de barbelés, car des espions allemands essayaient d’y pénétrer et certains étaient parmi nous. J’ai été interrogé par le 2e bureau. Je devais dire tout ce que je savais. J’ai signalé l’existence d’une voie ferrée désaffectée dans la forêt de Senonches à 12 km de La Loupe, remise en route par les Allemands. Plusieurs fois par semaine, un train de munitions y stationnait. Je n’ai pas parlé du parc de La Loupe, car je redoutais les représailles sur la population. D’autres ont dû livrer ces informations, car La Loupe a été bombardée et il y a eu 64 morts. Personnellement, je n’aurais pas supporté d’avoir ces morts sur la conscience.

Je m’engage ensuite dans la Marine. Au soldat qui me demande la durée de mon engagement et me propose de prendre au moins 3 ans afin de toucher une prime, je réponds : « Non, je ne viens pas pour de l’argent mais pour défendre mon pays, ce sera donc pour la durée de la guerre ». Je ne voulais plus que les gens souffrent de la faim ni de toutes les privations liées à l’Occupation. Je suis parti aux USA où se construisait mon futur bateau le Somali. J’ai appris les notions d’anglais nécessaires pour comprendre les indications sur le bateau, où tout était indiqué en anglais.

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Le Somali était un destroyer d’escorte. J’étais radiotélégraphiste mais au poste de combat j’étais sur les ponts et transmettais les ordres de l’officier canonnier par des tuyaux qui allaient directement aux mitrailleuses lourdes. J’étais également porte-voix du commandant. J’ai guerroyé dans la mer des Caraïbes. Nous protégions les bateaux de marchandises et coulions des sous-marins. Puis ce fut la Méditerranée : j’ai découvert les ports de Casa, Alger, Oran et Bizerte. J’ai toutefois un regret, au moment du débarquement en Normandie, j’étais en escale à New York.

Par contre, j’ai participé au débarquement de Provence, cette opération militaire a été menée à partir du 15 août 1944 par les troupes alliées dans le Sud-Est de la France (entre Toulon et Cannes). Pour ma part, il s’agissait de la plage de Cavalaire-sur-Mer (83).

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Lien pour découvrir l’opération Dragoon

Débarquement de provence (fichier PDF)

Vers 3 heures du matin, nous étions positionnés au large des côtes françaises. Quand a retenti l’ordre : « Ouvrez le feu », on y voyait comme en plein jour. Vers 10 heures, il y a eu une annonce, 7 marins allaient descendre sur la plage en récompense, en ce qui me concerne pour le passage en Espagne et mon emprisonnement, car nous étions mouillés en mer à 200 ou 300 mètres. Cela faisait trois ans que je n’avais pas posé le pied en France. Chacun des sept marins voulaient rapporter quelque chose aux autres, alors nous nous sommes mis à genoux et nous avons rapporté du sable dans nos poings que nous avons laissé couler sur le pont. Je n’oublierai pas cet homme qui a pris le sable dans ses mains et s’est mis à pleurer de grosses larmes, submergé par l’émotion, il était marié et père de trois enfants.

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J’ai eu ma première permission en 1944, j’ai rencontré ma future femme. Je n’ai jamais revu mon camarade d’échappée, il avait rejoint son régiment de cavalerie au Maroc. Mon bateau le Somali a poursuivi sa carrière en Indochine. J’ai envoyé une photographie de mon mariage à mon ami qui s’est réjoui pour moi, puis plus aucune nouvelle… Il était de Lille, j’aurais pu essayer de le retrouver mais je pensais qu’il pouvait avoir été tué et je ne voulais pas le savoir.

En 1945 j’ai repris la vie civile. Je suis devenu le Président de l’UNC de la section du Raincy et je le suis toujours. Je suis venu à Paris pour me perfectionner dans mon métier de boucher. Enfin je me suis installé au Raincy où j’ai pris une boutique avec mon épouse et un garçon sortant d’apprentissage. J’ai fait prospérer ma boucherie pendant de nombreuses années, et on a fini à 6 personnes à temps plein, et deux apprentis. Longtemps, je n’ai pas parlé à mes proches de ce que j’avais vécu, mes camarades sont morts maintenant… Je veux transmettre et livrer mon récit. Ne pas passer sous silence le sacrifice de tant d’hommes et le courage de l’homme ordinaire que je suis dans des circonstances extraordinaires.

J’ai reçu la Légion d’Honneur en 1997 mais sinon je n’ai jamais rien demandé, je n’ai fait que mon devoir.

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Monsieur Louis Michelet

Itinéraire d’un appelé du contingent lors de la guerre d’Algérie

Monsieur Louis MICHELET

Président du Comité d’Entente du Monde Combattant de Gagny

Président d’honneur de la FNACA, comité de Gagny

Trésorier du Souvenir Français

Pour commencer, je voudrais vous parler de la Seconde Guerre mondiale. Pendant cette période sombre, je vivais en Bretagne chez ma grand-mère. Je fus un enfant malingre, mes parents vivaient à Paris où je suis né le 1er juillet 1932 et ils m’ont donc envoyé à la campagne pour me refaire une santé.

Lorsque la Résistance s’est installée sur le territoire, de manière plus visible à partir de 1944, je n’étais qu’un enfant de 12 ans. Ma grand-mère n’a pas hésité un instant, elle vivait dans une maison isolée entre Fouesnant et La Forêt, idéale pour ce type de réunion. J’ai ainsi pu assister à des démonstrations de montage et de démontage de mitraillettes, de fusils, avec l’insouciance de mon jeune âge. Je trouvais tout cela bien banal… Mais le danger était bien réel, des Résistants ont été arrêtés, torturés, fusillés… On ne se rendait pas compte du danger.

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Au moment de l’évacuation, entre la Pointe du Raz et Lorient, les Allemands ont attaqué à proximité de chez nous, je m’en souviens encore, ma grand-mère faisait des crêpes quand ça s’est mis à pétarader, mais je devais quand même aller nourrir les lapins, la peur au ventre. Un monde bizarre, qui était pourtant notre ordinaire, mais si dangereux.

À la fin de la guerre, je suis rentré à Paris où j’ai passé mon « certif ». J’ai reçu le diplôme d’honneur de la classe. Je n’ai pas voulu aller dans le secondaire, je voulais travailler. J’ai fait une école d’électricité automobile pendant trois années puis j’ai travaillé chez Ford, Peugeot, Aston-Martin…

En mai 1953, j’ai été appelé sous les drapeaux. Les classes dans l’armée de l’air « c’était l’enfer ». On portait une tenue de drap bleu, il n’y avait pas de tenue d’été, alors avec la chaleur d’un mois de mai au Maroc… On crevait de faim, j’ai perdu 10 kilos en 2 mois. Je courais après la voiture du boulanger pour lui acheter un pain. Nous étions dans des chambrées de 30 à 50 soldats, nous mangions du gras de mouton avec des fayots. Il fallait nettoyer la gamelle avec du sable pour enlever le gras.

Dans chaque chambrée, on trouvait des jeunes originaires du pays. Ils nous tournaient systématiquement le dos… Un jour je leur ai demandé : « Qu’est-ce qu’on vous a fait ? » Ils m’ont répondu qu’ils n’avaient pas besoin de nous, les Métropolitains. Pour ajouter à la mésentente, nous n’avions pas de permission alors qu’eux pouvaient rentrer le weekend. Pendant trois mois, j’ai fait du tir, crapahuté dans la montagne sous les ordres d’un sous-officier qui revenait d’Indochine et qui buvait beaucoup… J’ai fait le reste de mon temps à Rabat où je suis devenu sergent. Les conditions de vie étaient bien meilleures.

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Je suis rentré à Paris fin 1954 où j’ai repris mon travail chez Aston-Martin, mais début 1956 j’ai été rappelé. J’ai été affecté à la base Maison-Blanche à Alger, groupe de transport aérien.

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Je me souviens de mon arrivée en Algérie, les derniers appelés partis en opération avaient été massacrés dans les Gorges de Palestro, égorgés, les parties génitales tranchées et placées dans la bouche, fermée par du fil de fer… C’était dans tous les journaux.

http://www.souvenir-francais-92.org/article-le-massacre-de-palestro-63230448.html

Fin 1956, j’ai été libéré. Je serai embauché chez EDF où j’ai fait toute ma carrière. La guerre je ne voulais pas en parler, il n’était pas question de se replonger dans ces événements. Puis, au moment de mon départ à la retraite, j’ai rencontré les gens de la FNACA et je suis entré au bureau. J’ai été président pendant 8 ans de 2008 à 2016 avant de laisser la place à Bernard Herniou. Cette association a été fondée par les appelés en 1958, car les militaires de carrière et leurs associations leur refusaient le titre d’anciens combattants, prétextant qu’ils « étaient allés en vacances » … Ce sentiment de rejet fut douloureux et fut à l’origine d’une association distincte, en aucun cas sur des motifs politiques. Le comité de Gagny a été créé le 15 novembre 1977.

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 J’ai également fondé le CEMC, Comité d’Entente du Monde Combattant de Gagny sous l’égide de Monsieur Teulet, qui nous a octroyé alors la Maison des Anciens Combattants. Le but est de fédérer l’action des associations d’Anciens Combattants et du Souvenir Français afin de créer un dynamisme permettant de développer un esprit d’union, de respect mutuel et de promouvoir le Devoir de mémoire en participant à des cérémonies patriotiques et en organisant des voyages intergénérationnels.

Nous nous engageons dans un esprit apolitique et dans le respect des spécificités de chaque association constituante du Comité d’Entente du Monde Combattant. Nous nous devons de transmettre aux jeunes générations la mémoire de tous les conflits.

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Bataillon de Corée 1950 – 1953

Article écrit par Camille Brière.

Bataillon français de l’ONU : BF/ONU

Mon propos se veut un témoignage. L’histoire du Bataillon de Corée est peu connue du grand public.

Ces hommes ont donné leur vie pour la France et la liberté.

Aux jeunes générations, pour qu’elles sachent que le seul combat qui vaille est celui de la liberté.

– E. Bergot, Le Bataillon de Corée

Le cheminement que je vous propose permet aussi d’éclairer l’actualité quant à l’idéologie totalitaire communiste qui menace à nouveau nos pays libres avec des missiles intercontinentaux.

Au regard également des actes de terrorisme que nous subissons et qui veulent battre en brèche notre façon de vivre. Notre liberté et nos valeurs doivent continuer à s’opposer avec force face aux dogmes totalitaires, politiques, ou religieux.

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Insigne du bataillon français de l’ONU en Corée

Le 27 juin 1950, la Résolution 83 du Conseil de Sécurité de l’ONU mandate une force internationale suite à l’offensive de la Corée du Nord avec des forces armées visant à envahir la Corée du Sud. Elle se compose des États-Unis et de la Grande-Bretagne, auxquels 22 pays s’associent. La France crée un bataillon de 1 017 soldats, au total 3 421 hommes se succèderont. Ce sont des militaires volontaires, comme mon oncle, rassemblés au Camp militaire du 2e RIMA d’Auvours à Champagne (72 – Sarthe), qui se situe aux portes de la Ville du Mans.

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Monument dédié au bataillon français de l’ONU en Corée. Camp d’Auvours, près de la salle d’honneur du 2e régiment d’infanterie de marine.

Le 29 nov. 1950, le BF/ONU, commandé par le Général MONCLAR débarque à Pusan en Corée du Sud. Il est intégré au 23e R.I. US, qui fait partie de la 2e Division d’Infanterie US.

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Raoul Charles Magrin-Vernerey, plus connu sous le pseudonyme de Ralph Monclar (1892 – 1964), est un officier général français parmi les plus décorés.
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Baraquement du bataillon français de l’ONU

Le BF/ONU aura une Compagnie mixte, soldats coréens (ROK), encadrée par des Français.

Le 1er févr. 1951, le Conseil de Sécurité de l’ONU désigne la Chine, comme co-agresseur de la Corée Sud.

Batailles :

  • Le 10 janv. 1951, Wonju.
  • Le 3 février, Twin Tunnels.
  • Les 13/17 février, Chipyong-Ni.
  • Les 3/5 mars, Cote 1037.
  • Le 17 mai, Putchaetul.
  • Les 20 mai/5 juin, Inje.
  • Les 15 juin/27 août Punch-Bowl.
  • Du 13 sept. au 22 oct. Bataille de Crèvecœur, le Général Monclar déclare : les soldats ont revécu un Verdun.

Pour de plus amples informations sur la célèbre bataille de Crèvecœur vous pouvez consulter le site Mémoire des hommes en suivant le lien ci-dessous :

memoiredeshommes.sga.degense.gouv.fr

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Poste de secours de Crèvecœur (ECPAD, D54-01-73)
  • Du 18 déc. 1951 au 28 avr. 1952, Bataille du Triangle de fer, Kumhwa-Chorwon-Pyonggang.
  • Du 20 juin au 27 juillet 1952, Bataille du Ty-Bone. Du 5 au 12 oct., Bataille Arrow Head et de la Cote 281.
  • Du 31 janvier au 1er avril 1953, le Bataillon est installé sur le 38e parallèle à hauteur de Hook.

Pertes et blessés : le Bataillon de Corée a perdu 287 soldats, 1 350 blessés, 7 disparus et 12 prisonniers.

Décorations : 4 citations à l’Ordre de l’Armée française, 3 citations Présidentielles Américaines, 2 citations présidentielles de la République de Corée et 1 898 citations individuelles.

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Carte de Corée, 1953

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Une plaque est apposée sous l’Arc de triomphe de l’Étoile à Paris le 26 mai 2004, elle est la seule dédiée à une unité spécifique à cet endroit.

Le 23 octobre 1953, le Bataillon de Corée part pour l’Indochine, où il est intégré au Groupement mobile GM100.

Le 7 mai 1954, Diên Biên Phu est tombé. Le 24 juin, le GM100, quitte Ankhé par la route N° 19 pour Pleiku et tombe dans une très importante embuscade. Le 20 juillet, signature cessez-le-feu à Genève.

Le 10 août 1955, le Bataillon de Corée arrive en Algérie et y restera jusqu’en 1962.

Il existe une importante bibliographie, sur l’histoire militaire et politique du Bataillon de Corée.

Sources : mon oncle, qui deviendra un instructeur du 2e RIMA, l’association : ANAAFF ONU, les livres Le Bataillon de Corée d’Erwan Bergot et G.M.100 de Jean Pierre Bernier.

Paroles de soldats n° 2 – Roger Renot

Le Souvenir Français de Gagny est particulièrement fier de compter Monsieur Roger Renot parmi ses membres. Ce témoignage est le premier d’une série qui nous permettra de découvrir l’engagement de nos anciens combattants gabiniens.

Témoignage de Monsieur Roger Renot

Je suis né le 30 mars 1930 à Dijon. Ce n’était pas gagné d’avance, j’ai eu une « vie de con » au départ. Je suis issu d’une famille nombreuse (11 enfants), mais nos parents n’étaient pas en capacité de nous élever dignement aussi nous avons été placés à l’Assistance publique, qui elle-même m’a placé dans une ferme dans le Haut-Jura. La vie était rude, je dormais avec les chevaux et à l’heure des repas on m’accrochait une musette à la porte, on me prévenait à l’aide d’un clairon… J’avais 9 ans.

La guerre d’Indochine

Je me suis engagé à 18 ans, j’ai fait quelques semaines dans la Marine, auprès des scaphandriers sur le Rhin, mais cela ne me convenait pas aussi j’ai demandé à être muté et je suis arrivé dans le 20e bataillon de chasseurs en 1949. Après mes classes, j’ai été envoyé à Fréjus pour compléter ma formation et de là nous sommes partis en Indochine. Nous avons navigué à bord du Pasteur qui pouvait transporter 5 400 personnes.

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Le Pasteur

Je suis resté seulement 48 heures à Saïgon. Nous avons incorporé le 2-43e RIC (Régiment d’Infanterie Coloniale). Nous sommes partis dans le nord d’Annam, près de la frontière avec le Tonkin. (Le Proctectorat d’Annam, situé au Centre de l’actuel Viêt Nam, était un territoire placé sous protection de la France).

Nous réalisions des opérations, nous étions regroupés avec des légionnaires et des parachutistes. J’étais tireur de pointe, c’est-à-dire éclaireur. C’est la seule place qui me convenait, j’avais besoin d’être devant.

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Roger Renot

Nous sommes restés en poste pendant deux ans, nous avons subi beaucoup d’attaques, c’était en 1952-1953. Lors d’une de ces attaques, notre hélicoptère a été abattu. Il faut savoir qu’il n’y avait que deux hélicoptères, un pour le Nord et un pour le Sud. Comme vous pouvez le voir sur la photographie il s’agissait d’un hélicoptère d’aide avec des brancards sur les côtés pour transporter les blessés.

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Les gradés étaient bien, on était « main dans la main », on mangeait tous ensemble. Je me souviens du capitaine Lagarde, un excellent tireur. Le poste faisait 20 mètres de large sur 20 mètres de long, c’est peu… Il fallait y loger une compagnie et demie, deux parfois. Cela représente environ 100 soldats.

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Mon bataillon était constitué de Cambodgiens, nous étions seulement 4 ou 5 Français. Lorsque je suis arrivé en Indochine, j’étais caporal, je suis devenu caporal-chef puis sergent. J’étais responsable d’un groupe.

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Mes frères aussi ont fait la guerre, tous engagés volontaires sauf un qui a été appelé en Algérie. À Saïgon j’ai vu mon frère Jo, en 1952. Jo s’était engagé en 1939, il avait à peine 18 ans. Il a été emprisonné dans le même stalag que le colonel Taurand, le stalag 11-B. Il était légionnaire. Il est mort en Algérie, un mois avant sa libération. Une dernière opération, il n’avait pas voulu laisser partir ses hommes sans les accompagner…

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La guerre d’Algérie

En 1953, après un bref retour en France, je suis reparti pour l’Algérie cette fois. Je faisais partie du 19e BCP (Bataillon Chasseur Porté), nous étions détachés à la Légion, sous les ordres du colonel Babonneau.

René Babonneau passant en revue ses troupes Télergma (Algérie) en 1959

Un jour j’ai fait une virée à Constantine en « empruntant » une jeep, le colonel m’a demandé : « Où es-tu allé avec la jeep ? » Je lui ai répondu : « À votre avis… » Il m’a demandé alors si je savais ce qu’il y a sur le képi du Maréchal de France. Je ne le savais pas alors il m’a éclairé : « un gland entouré de feuilles de chêne ». Il était gentil le colonel, il a passé l’éponge.

Les opérations en Algérie étaient très différentes de celles réalisées en Indochine. Le terrain était plus facile en Algérie, mais on en a pris « plein la gueule ». Un jour, nous avons tous dû sauter du camion c’était un GMC (un camion américain), car le chauffeur avait pris une balle dans la tête. Lors d’une autre embuscade, nous avons perdu six hommes et le capitaine a été blessée. Nous étions près de Nedroma, dans la région de Tlemcem (près de la frontière marocaine).

J’ai été libéré en avril 1958. Une autre vie a commencé, faite de petits boulots dans un premier temps, j’ai notamment porté la viande aux Halles et à la Villette pendant 8 ans. J’ai rencontré ma merveilleuse épouse, nous avons eu trois enfants et nous venons de fêter nos 60 ans de mariage le 28 février 2019 ! Par la suite j’ai fait des stages dans la mécanique et j’ai travaillé dans des entreprises de bâtiment, je réparais les engins de chantier.

À partir de 2007 je me suis engagé auprès d’associations : l’UNC, les Médaillés militaires et le Souvenir Français. À l’époque, Émile Viet était président de l’UNC, c’était un homme remarquable qui a œuvré pour l’entente entre les différents comités. J’ai immédiatement commencé à quêter pour le Souvenir Français. Mon poste se trouvait au cimetière de l’Est. J’ai été porte-drapeau des Médailles militaires et c’est avec fierté que je vois aujourd’hui mon gendre, Monsieur Lionel Boitel, prendre ma succession à ce poste.

J’ai eu à cœur d’expliquer à mes enfants, à mes petits-enfants, ce qu’est le devoir de mémoire, le sacrifice consenti par tant d’hommes. Ma fille Chantal Boitel est secrétaire du Souvenir Français, ma petite fille Sara m’a souvent accompagné lors des commémorations et une autre petite fille, Jennifer, a réalisé le dossier nécessaire à l’obtention de la médaille de l’Ordre national du Mérite que j’ai reçu en 2011.

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médailles

Médaille militaire Ordre national du Mérite Croix de guerre (Indochine)
Croix de guerre (Algérie) Croix du combattant Médaille coloniale d’Extrême-Orient)
Médaille commémorative d’Indochine Médaille Reconnaissance de la Nation Médaille commémorative d’Afrique du Nord

 

Paroles de soldats n° 1

Récit du colonel Robert Taurand en découvrant le destin tragique d’un très jeune soldat de la Grande Guerre, inhumé au cimetière du Centre, Gagny.

Président du Comité du Souvenir Français à Gagny, j’ai dans ma mission la charge de vérifier la mise en place et l’entretien des cocardes tricolores placées devant les tombes dans le cimetière communal où reposent des soldats morts pour la France.

Tombe d'Henri Spetebroodt
Tombe d’Henri Spetebroodt

Il y a quelques jours avec un de mes amis nous replacions une cocarde rouillée devant une de ces tombes, quand mon regard est attiré par une belle photo en médaillon, très bien conservée et pourtant datant de 90ans, et lu les inscriptions sur la pierre tombale.

« Henri SPETEBROODT, engagé volontaire à 17 ans au 4ème Zouave, tué à l’ennemi devant Douaumont le 2 mai 1916.

Décoré de la Croix de Guerre et de la Médaille Militaire. »

Impressionné après cette lecture, je regardais cette photographie d’un enfant habillé en soldat. Quel destin !

J’éprouvais une émotion sincère en contemplant son visage aux yeux souriants.

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Henri Spetebroodt

Je me rappelais qu’à 20 ans, moi aussi je portais chéchia, insigne et ceinture rouge, identiques dans ce même régiment.

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Robert Taurand au centre

Je ne puis m’empêcher de réfléchir sur les marques du destin, du sort et l’avenir, trois mots qui posent pour l’existence des êtres, des interrogations sans réponses. La fatalité existe-t-elle ?

Il avait 17 ans, j’en ai aujourd’hui plus de 86. Il y a là une injustice dans le partage de la vie !

Mes pensées sont allées très fortement vers ce héros qui n’aura rien connu de l’existence,… que la mort brutale !

Je me promets à chacune de mes visites au cimetière, d’aller le saluer pour lui rendre hommage.

Qu’il sache, ce beau soldat, qu’il n’est pas oublié.

Robert Taurand

Le lieutenant-colonel Robert Taurand est né le 9 mars 1919 et décédé le 19 juillet 2018 à l’âge de 99 ans.

« C’était un homme exceptionnel qui a honoré notre ville. »

— Michel Teulet, Maire de Gagny, Président du Territoire Grand Paris Grand Est

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Robert Taurand est né le 9 mars 1919 à Montbéliard (Doubs). Son père a participé à la Première Guerre mondiale et il s’est engagé volontairement à 18 ans au 95e Régiment d’Infanterie de Bourges, en 1937. Il est sergent-chef en 1940 quand il est fait prisonnier. Il s’évade du stalag XII-D et rejoint la zone libre. Robert participera à la Résistance puis à la Libération de la France. Il a poursuivi son engagement militaire en Indochine puis en Algérie.

Marié et père de 3 enfants, après une carrière de 33 années au service de la France, il s’est ensuite consacré au monde sportif et associatif.

Le colonel Taurand fut aussi le président du Souvenir Français de Gagny pendant de nombreuses années et nous lui rendrons régulièrement hommage en publiant ses articles sur notre site.

Le lieutenant-colonel Robert Taurand avait à cœur de délivrer aux jeunes générations un message de paix et de faire vivre le devoir de mémoire.

Il a rencontré des centaines d’élèves dans toute la Seine-Saint-Denis.