Cérémonie du 19 mars 2020

Chers adhérents,

La cérémonie du 19 mars a été annulée cette année en raison de l’épidémie de coronavirus. À travers cet article nous faisons œuvre de devoir de mémoire.

Le 19 mars 1962, le Cessez-le-feu est proclamé en Algérie. Les combats ont commencé en 1954. Un cessez-le-feu ce n’est pas la fin de l’horreur, c’est la fin officielle des hostilités en période de guerre, selon la définition propre de ce terme.

Et pourtant, il faudra attendre 1999, soit 37 années, avant que l’Assemblée nationale adopte une proposition de loi reconnaissant officiellement la guerre d’Algérie.

La guerre d’Algérie a mobilisé plus de 1,5 million de jeunes appelés et, à ce titre, elle a profondément marqué toutes les familles françaises. En 1962, ils étaient encore 400.000 sur le terrain, âgés de 20 ans pour la plupart.

Gagny n’a pas été épargnée et parmi ces hommes, il y avait Michel Dailly, né le 1er avril 1939 et mort le 28 février 1961 à l’âge de 22 ans. Il était soldat de 1re classe au 2e régiment d’infanterie et son corps repose au carré militaire de Gagny.

Il y avait Ahmed Laouedj, né le 16 août 1939 et mort le 28 décembre 1960 à l’âge de 21 ans. Soldat de 2e classe au 8e régiment de spahis, son corps est resté en Algérie.

Ils font partie des 30 000 soldats français Morts pour la France au cours de la guerre d’Algérie.

La guerre d’Algérie fait désormais partie des livres d’histoire, mais par chance les participants sont nombreux à pouvoir encore témoigner, témoigner pour ceux qui ne sont plus là, témoigner pour eux-mêmes. Ne plus se taire, parler encore et toujours jusqu’au dernier. Sur ce blog nous publierons régulièrement des témoignages de Gabiniens.

Comme vous le savez peut-être je suis également enseignante et j’ai accepté de prendre en charge les enfants de parents soignants, ce qui me permet de me déplacer dans Gagny pour me rendre dans les écoles de regroupement. À ce titre j’ai donc été en mesure à 11 h 45 de déposer seule les gerbes du Souvenir Français et de la FNACA devant le monument aux morts.

dépôt de gerbes 19 mars

Afin de compléter cet article, je vous invite à voir ou revoir les documents suivants :

  • L’ennemi intime, un film de Patrick Rotman, éditions France 3 (documentaire avec de nombreuses archives de l’ECPAD).

« L’ennemi intime risque de laisser une forte empreinte à la fois dans l’histoire du documentaire historique et dans celle du débat sur la guerre d’Algérie. » Pèlerin Magazine

  • L’ennemi intime, un film de Florent Siri avec Benoît Magimel et Albert Dupontel, sorti en 2007.

Michel Mathé, être para, ma fierté

Ce n’est pas donné à tout le monde de porter le béret rouge.

Je me suis engagé à l’issue de mon année de service militaire à l’âge de 19 ans.

J’ai fait 5 ans au 17e RGP et j’ai participé à sept OPEX.

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Stèle du démineur et pucelle du régiment

Lorsqu’on s’engage, il faut croire à beaucoup de choses. La vie de famille est forcément mise de côté et il y a souvent un divorce à la clé, parce qu’on n’est jamais là.

Pour ma part, j’avais un mot d’ordre à chaque opération, ne jamais laisser quelqu’un derrière. Dans tous les cas, ramener le personnel ou ce qu’il en restait…

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La plupart des hommes sur cette photographie ne sont plus là… Je suis le 2e accroupi à partir de la gauche.

Après cinq années à servir la France, j’ai choisi de suivre ma première épouse en Israël et c’est ainsi que j’ai rejoint l’armée israélienne dans laquelle j’ai poursuivi ma carrière militaire.

J’ai consacré ma vie à l’armée et le Dieu de la Guerre m’a épargné, je ne ferai ici état que d’une seule opération à laquelle j’ai participé, et au cours de laquelle je dois dire que j’ai laissé ma jeunesse. Ce fut au cours de ma 4e OPEX à Beyrouth lors de la guerre du Liban en 1983. (La guerre du Liban ou guerre civile libanaise est une guerre civile ponctuée d’interventions étrangères qui s’est déroulée de 1975 à 1990 en faisant entre 130 000 et 250 000 victimes civiles.) Notre rôle consistait à assurer la sécurité entre les musulmans et les chrétiens. Nous devions aussi déminer la ville entière, maison par maison, pierre par pierre.

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Je suis en train de déminer, des civils passent à l’arrière-plan. C’était le quotidien.

II est 6 h 22, sur la position française «Drakkar», le 23 octobre 1983. Elle est installée dans un immeuble désaffecté de huit étages dans l’un des quartiers résidentiels de Beyrouth. Une compagnie d’une centaine d’hommes y est cantonnée et ils assurent la sécurité des populations du secteur.

Mes camarades et moi entendons un immense «boum», suivi d’un autre, quelques minutes plus tard. L’ordre est donné : « Vous partez sur Drakkar. » Nous avons ramassé les corps de nos camarades, 58 frères d’armes ont laissé leur vie dans cet immeuble en ruines qui fut littéralement arraché de ses fondations.

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Cérémonie aux Invalides le 2 novembre 1983.

Attentat du Drakkar à Beyrouth, Le Figaro

Après cela, on n’est plus tout à fait le même. Plus on perd de personnels, plus on devient violent et méchant et on ferait des choses qu’on ne ferait pas en temps normal. Malgré cela j’ai toujours réussi à garder une part d’humanité même lorsqu’il devenait difficile de croire encore dans le genre humain.

Le plus dur pendant les guerres, ce sont les enfants, je ne supporte pas de voir souffrir un enfant. À Beyrouth, les gosses se nourrissaient dans les poubelles, j’ai volé pour eux des rations quand j’étais de corvée. Je me suis fait prendre par mon adjudant (il est mort en Afghanistan). Il ne m’a pas sanctionné, mais je ne suis plus retourné sur les quais.

On pourrait croire que nous n’étions plus alors que des machines de guerre, mais c’est faux. La peur ne nous laisse pas de répit, le stress au combat est intense et après avoir vu autant d’horreurs, il est presque impossible de se réinsérer dans une vie normale. Nous avons brûlé notre vie par les deux bouts, mais sans aucun regret. Si c’était à refaire, je repartirais sur-le-champ.

Nous étions des gosses nous aussi.

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J’ai 20 ans… Sur le site de Drakkar entre le 23 et le 25 octobre 1983.

On voulait se dépasser, montrer aux autres, à la famille, ce dont on était capable. Nous étions tous soudés, on réglait les problèmes ensemble. Une vie de militaire, c’est de la souffrance. Tu crois que tu ne peux pas, mais tu peux. Le prix est élevé, mais notre pays passe avant tout.

Le message que je veux faire passer aux jeunes c’est que rien n’est irréalisable dans la vie, mais il faut toujours savoir demander conseil.

Quand je suis devenu officier, mes hommes passaient avant tout, j’étais leur père, leur mère, leur grand-mère…

médailles

Chaque balle a une adresse, j’ai eu de la chance, je suis toujours là et je profite d’une vie de famille désormais heureuse. Je crois que j’ai toujours agi de manière juste.

« La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. »

Blaise Pascal

devant monument
Commémoration du 11 novembre 2019, place Foch à Gagny.

Michel Mathé est aujourd’hui âgé de 57 ans et se rend disponible pour toutes les cérémonies. Il est engagé auprès de l’UNC et du Souvenir Français.

Voyage mémoriel dans la Marne, le mercredi 6 mai 2020

Voyage mémoriel dans la Marne, le mercredi 6 mai 2020

  • 7 h 45 : Départ devant l’église Saint Germain de Gagny à destination du Fort de la Pompelle (51500, Puisieulx)
  • 10 h : visite du Fort de la Pompelle
  • 12 h : Déjeuner à l’Auberge du Pont de Marson (51800 Minaucourt-le-Mesnil-lès-Hurlus)
  • 14 h : Visite du site de la Main de Massiges (51800 Massiges), tranchées de la Grande Guerre
  • Vers 16 h : Reprise en charge du groupe et retour vers Gagny pour 19 h devant l’église Saint Germain de Gagny

Notre car sera d’une capacité de 53 places, nous retiendrons les premières personnes à s’inscrire.

Merci d’établir votre chèque à l’ordre du :

Souvenir Français de Gagny

Et de le faire parvenir à notre trésorière :

Mme BOITEL Chantal
7 impasse du Guetteur
77500 CHELLES
06 75 70 03 00

En espérant vous accueillir au cours de cette journée sur les traces des soldats de la Grande Guerre.

Sachez que le comité prend à sa charge une partie du coût de cette sortie qui ne vous reviendra donc qu’à :

45 euros par personne (bon de réservation ICI)


Monsieur Jean-Pierre Heurteux présente la Main de Massiges

Située en Verdun et Reims, sur le front de Champagne, la main de Massiges a fait l’objet de nombreuses attaques meurtrières.

Le lieu doit son nom à la forme du terrain sur lequel des courbes représentent une main.

À la suite de la bataille de la Marne en septembre 1914, le front est figé dans une guerre de tranchées. Du 25 au 29 septembre 1915, l’attaque est confiée au 1er corps colonial. Il s’engage une âpre lutte contre un adversaire tenace, sous des barrages d’artillerie et des feux croisés de mitrailleuses, sans que le régiment songe à reculer ou à ralentir son élan.

Cette lutte se poursuit sur plusieurs points durant quatre jours et, le 29 septembre, l’offensive du régiment reprend avec une intensité qui achève de démoraliser l’ennemi et de faire tomber ses défenses.

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Pour découvrir l’association «La main de Massiges» qui nous fera l’honneur de nous accueillir.

http://www.lamaindemassiges.com/

Les tirailleurs de Bondy à l’honneur

Le siège du Souvenir Français à Paris propose une exposition sur les anciens combattants maliens.
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Une délégation de tirailleurs sénégalais de Bondy étaient présents pour le vernissage de cette exposition. Accompagnés par Mme Aïssata Seck, déléguée en charge des anciens combattants de la ville de Bondy, ils ont été honorés de la médaille de bronze du Souvenir Français par Monsieur Barcellini, Président général du Souvenir Français.
Monsieur Barcellini a rappelé le rôle essentiel joué par les soldats africains lors des différents conflits.
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Le comité de Gagny était représenté par sa Présidente et son secrétaire. Le département de la Seine-Saint-Denis peut s’enorgueillir de la présence de ces valeureux soldats sur son territoire.

Dénomination de la place du Souvenir – LCL Robert Taurand

Samedi 25 janvier – Inauguration Place du Souvenir – LCL Robert Taurand

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les présidents d’associations, Mesdames et Messieurs les porte- drapeaux, Messieurs les anciens combattants, Mesdames et Messieurs, chers enfants.

En ma qualité de Présidente du Comité du Souvenir Français de la ville de Gagny, je tiens à remercier Monsieur le Maire et son équipe municipale ainsi que l’ensemble des Gabiniens et des Gabiniennes pour avoir bien voulu baptiser cette place du nom de « Place du Souvenir / Lieutenant- Colonel Robert Taurand ».

Quelle plus belle association que celle de ces deux noms ?

Le Souvenir Français est né immédiatement après la guerre de 1870 lorsque de simples citoyens se sont unis pour donner une sépulture décente aux soldats morts en Alsace-Lorraine. Sous l’égide d’un instituteur, François-Xavier Niessen, elle est devenue une association reconnue d’utilité publique et près de 150 ans plus tard, elle est présente dans de nombreux pays.

Le lieutenant-colonel Robert Taurand est né le 9 mars 1919, son père a combattu pendant la Première Guerre mondiale et a repris son métier d’enseignant à l’issue du conflit, en étant grand invalide de guerre. C’est avec fougue que son fils, Robert, s’engage en 1937 à l’âge de 18 ans et qu’il participe à son tour à la Seconde Guerre mondiale. Il est fait prisonnier en 1940 mais, soldat valeureux, il s’évade et s’illustre pendant la campagne d’Allemagne aux côtés du Maréchal de Lattre de Tassigny au sein de la Première Armée « Rhin et Danube ». Son engagement le conduira encore en Indochine puis en Algérie avant de prendre le commandement du bataillon de Joinville. Il quitte l’armée en 1971 avec le grade de lieutenant- colonel et poursuivra son action méritante au service du sport et du devoir de mémoire jusqu’à son dernier souffle, le 19 juillet 2018.

Il faudrait des heures pour relater l’étendue des actions du colonel Robert Taurand aussi je ne ferai qu’un simple rappel de son engagement au service de la transmission du devoir de mémoire. Président du Souvenir Français de Gagny il a servi ses missions essentielles en conservant la mémoire de celles et ceux qui sont morts pour la France.

Il est à l’initiative de l’érection, dans le carré militaire, du monument 1914- 1918 accueillant les dépouilles des soldats morts pour la France lorsque les concessions des tombes étaient échues et il était fier de voir un soldat aux côtés d’un officier.

Il était fier de déposer une gerbe au pied du monument De Lattre de Tassigny qui était érigé place Foch et que l’on espère revoir dans le parc du Souvenir souhaité par Monsieur Teulet.

Le colonel Robert Taurand a indéniablement été un homme de guerre, il a participé aux conflits majeurs du 20ème siècle mais je peux témoigner de sa volonté farouche de délivrer un message de paix fraternelle. Il a sillonné les écoles et tous les centres de jeunesse du département pour rappeler la valeur première de toute vie humaine et le combat ultime qui est celui de préserver la paix afin que nul ne vive les heures de douleur et de malheur qu’il a lui-même enduré auprès de ses frères d’armes.

Aujourd’hui est un jour de joie, nous rendons hommage à un grand homme, un homme qui nous a montré le chemin, nous devons maintenant en être dignes en poursuivant son action. En ce qui concerne le Souvenir Français, cette action devra nécessairement être tournée vers les enfants des écoles, c’était la volonté du Colonel. Le travail de mémoire, en partenariat avec la municipalité et l’Éducation Nationale devra se poursuivre pour faire vivre notre devise : « À nous le souvenir, à eux l’immortalité ».

Sur cette place, trône un cèdre magnifique, nous apercevons son tronc, ses branches, ses aiguilles mais il ne tiendrait pas debout sans ses racines. Les racines, ce sont nos aînés, ceux qui résident par exemple dans le bâtiment de la Cerisaie, situé également sur cette place mais ce sont aussi les anciens combattants. Le Colonel Taurand fait désormais partie des racines de notre ville. Pour faire vivre la mémoire du Colonel, nous devons être les branches sur lesquelles s’appuieront les jeunes générations pour qu’elles ne connaissent jamais la guerre et qu’elles vivent dans un monde d’espoir.

Merci à tous.

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Décès de Jeannine Briand

Hommage Madame Jeannine Briand

Madame Jeannine Briand a reçu ce lundi 13 janvier un hommage municipal suivi d’une messe en l’Église Saint Germain de Gagny.

Madame Briand était adhérente au Souvenir Français depuis 1997, elle participait activement aux commémorations par des dépôts de gerbes en compagnie de Monsieur Teulet.

Cérémonie commémorative

Élue en charge de la culture puis des affaires scolaires, elle se distinguait par un dévouement total envers les jeunes générations. Son sourire lumineux guidait les enfants en toutes circonstances, ici lors de la remise des prix des Écoles Fleuries.

Ecoles Fleuries

Madame Briand avait notamment facilité la mise en place des ravivages de la flamme sous l’Arc de Triomphe pour les classes de CM2 en lien avec les Délégués Départementaux de l’Éducation Nationale. Je devais lui remettre prochainement la médaille Vermeil avec Bélière Laurée, la plus haute distinction de notre association.

Dépôt de gerbe

Madame Briand vient de nous quitter, elle aurait eu 78 ans en février. À la demande de son époux, la décoration a été déposée sur son cercueil.

Décès de Charles Ralli

Nous ne l’oublierons pas.

Chers adhérents,

Nous avons appris avec beaucoup de tristesse le décès de notre ami le capitaine Charles Ralli à l’âge de 88 ans. Son sourire et sa pugnacité forçaient l’admiration.

Ralli commémoration

Quelques jours seulement avant son hospitalisation il assistait à une de nos réunions et s’engageait encore dans l’action. Son parcours exemplaire, sa droiture doivent être des exemples pour tous ceux qui sont amenés à poursuivre son engagement.

dépôt de gerbe avec enfants

Ses obsèques auront lieu le lundi 20 janvier à 14h30 en l’église Saint-André de Chelles. Nous vous espérons nombreux à cette cérémonie car nous nous devons de lui rendre hommage de la plus belle manière.

Le capitaine Charles Ralli était adhérent au Souvenir Français depuis 1997, il avait reçu la médaille Vermeil Bélière Laurée en 2018.

remise médaille

La Présidente

Galette du Souvenir Français

Les membres du bureau du Souvenir Français vous présentent leurs meilleurs vœux pour l’année 2020.

Que l’année vous apporte le bonheur et la réussite, le succès dans vos projets et l’accomplissement de vos rêves.

C’est toujours avec le même plaisir que nous vous invitons à participer à notre traditionnelle galette des Rois le dimanche 26 janvier à 14 heures à la Salle des Fêtes de Gagny.

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Cliquer ici pour le coupon de participation.

Cette année, nous aurons le plaisir d’accueillir une musicienne de talent pour animer notre après-midi, Madame Corinne Girard.

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Une loterie sera organisée, premier prix : 2 places pour le spectacle « Paris Merveilles » du Lido (avec une coupe de champagne et une assiette de macarons).

Il nous serait particulièrement agréable de vous avoir à nos côtés, accompagné(e) des membres de votre famille et de vos amis, afin de partager un moment de détente, de convivialité et d’amitié.

La Présidente

Monsieur Pierre ANGENARD ou l’échappée héroïque

Pierre Angenard a commencé sa vie dans la petite ville de La Loupe, Eure-et-Loire. Il est né le 26 novembre 1921, son père est décédé des suites de ses blessures lors de la Première Guerre mondiale et son grand-père a fait la guerre de 1870, tous les deux ont reçu la Croix de Guerre. Un aïeul, Guillaume-Marie Angenard (XVIIIe/XIXe sicèles) a été bras droit de Robert Surcouf, et est devenu lui-même corsaire du roi.

Monsieur Angenard nous relate son engagement au cours de la Seconde Guerre mondiale.

J’ai commencé ma vie professionnelle en 1936 en tant que garçon boucher à Nogent-le-Rotrou. En 1939, j’ai 18 ans et je ne peux pas encore être appelé (20 ans). Le patron de la boucherie étant père de trois enfants est libéré et reprend son poste. Par contre le travail manque, car, en raison du rationnement, les Français n’ont droit qu’à 150 grammes de viande par semaine.

Sans emploi, je suis réquisitionné par les Allemands en 1942. Je travaille dans le parc du château de La Loupe, réquisitionné par les Allemands, nous empilons des bidons d’essence. Ensuite, je suis envoyé à Cherbourg. Au cap de La Hague arrivaient des gens de toute l’Europe. Grâce à quelques notions de langue allemande, je demande aux Hollandais ce que l’on fait ici. Ils m’expliquent que nous creusons des trous pour enterrer des mines pour empêcher le débarquement anglais. Je comprends alors que je vais contribuer de manière inique à l’effort de guerre contre toutes mes valeurs et ma volonté d’engagement au service de la France.

Pour échapper à cette emprise, j’ai simulé une rage de dents. On m’a envoyé à Cherbourg. Je voulais rentrer à Paris et surtout expliquer à ma mère que je souhaitais passer en zone libre. Au cours du périple que je vais vous relater j’ai bénéficié de l’aide du curé de ma paroisse qui m’a remis une sorte de passeport sur lequel était indiqué : « En cas de nécessité je vous recommande de porter secours à cette personne ». Le Curé-Doyen Lhomme était un homme courageux qui avait acquis une certaine renommée grâce à la publication de quelques ouvrages.

Mon voyage fut aussi l’occasion d’une rencontre avec un homme démobilisé, un militaire de carrière qui voulait suivre le même chemin afin de passer en Espagne. Nous avons quitté Paris en direction de la ligne de démarcation sur la Loire que nous passons en fraude à Vierzon. C’était en janvier 1943, il faisait froid mais heureusement il n’y avait pas beaucoup de neige. Nous avons été obligés de passer par Dax, qui était en zone rouge, occupée par les Allemands puis nous avons pris la direction de Bayonne en train. Nous devions descendre avant l’entrée en gare du train pour échapper aux nombreux contrôles d’identité. Pour cela nous avons emprunté des chemins escarpés dont une échelle scellée à un mur de 3 à 4 mètres en bravant tous les dangers.

Nous cherchions le presbytère, nous avons aperçu des clochers qui en réalité étaient la cathédrale. Le passeport délivré par le curé de La Loupe nous a permis de trouver asile auprès de l’évêque de Bayonne. Lorsque j’ai frappé à la porte du presbytère. On m’a demandé « Qui est là ? » Par réflexe j’ai répondu : « Un jociste » (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). Nous avons été conduits vers le logement des prêtres où nous avons été hébergés et un prêtre espagnol nous offrira une lettre pour un passeur.

La chance nous a quittés, nous avons été arrêtés au moment où nous montions dans le train et isolés dans un wagon. Mon camarade était champion de boxe moyen alors il a voulu assommer nos gardes, j’ai crié « non ». J’ai senti que le moment n’était pas opportun. Nous avons été déplacés dans un autre wagon. La porte de ce wagon n’avait pas de bouton, il suffisait de baisser la vitre et nous pouvions l’ouvrir de l’extérieur. Malgré la présence d’un soldat en armes, nous avons tenté le tout pour le tout et nous sommes tombés sur le ballast avec un 3e larron, nous avons couru le long des rails et nous nous sommes cachés jusqu’au soir.

Vers 18 heures nous avons repris notre chemin, à pied, à l’aide d’une boussole. Nous avons marché pendant 24 heures. Des carabiniers nous ont tirés dessus et nous avons été mis en prison à Pampelune. Nous sommes entassés à 8 dans des cellules prévues pour une personne pendant 39 jours et nous n’avions pas grand-chose à manger. J’ai perdu 10 kilos, chaque jour des hommes perdaient connaissance, dans un état de faiblesse extrême.

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On nous a remis dans le train, en direction du nord de l’Espagne. On nous a dit qu’on nous envoyait au « palacio » (hôtel) mais en fait, nos conditions de détention se sont encore aggravées. J’ai couché 100 jours sur le ciment, il y avait des trous avec du sang dans les murs. Les paillasses étaient empilées dans un coin, car elles étaient infestées de punaises. Nous n’avions qu’une petite couverture aussi nous nous collions les uns contre les autres pour garder un peu de chaleur. Il fallait se positionner sur le côté, plusieurs fois par nuit, on se tapait sur l’épaule pour indiquer un changement de position, car nos hanches devenaient douloureuses.

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Le nom « Mañana » se réfère à la réponse systématique qui leur a été donnée (demain, en espagnol).

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En mai-juin, nous avons été envoyés à Miranda de Ebro, certains se sont plaints de ce camp de concentration, pour nous c’était bien mieux, car nous étions à l’air libre. Nous avons été libérés grâce à l’intervention d’ambassadeurs, Franco nous aurait tous fait crever. Il y avait un système d’échange, un sac de blé américain contre un homme. Je passe au Portugal, qui est pro-anglais, et j’embarque pour l’Angleterre. Au cours du voyage, on nous annonce que Charles de Gaulle est en Afrique du Nord. Nous sommes alors détournés et nous prenons la route de Casablanca.

J’ai vécu un des moments les plus émouvants de ma vie lors de l’arrivée au port, tous les bateaux nous ont accueillis avec leurs pavois, sirènes et grands-pavois, et nous ont présenté les honneurs. Vraiment ce fut l’un des plus beaux jours de ma vie. Nous étions accueillis, nous les damnés, chaleureusement alors que nous nous tenions au bastingage d’épuisement, affamé et plein de poux.

J’ai stationné à Médiouna. Le camp de contrôle était entouré de barbelés, car des espions allemands essayaient d’y pénétrer et certains étaient parmi nous. J’ai été interrogé par le 2e bureau. Je devais dire tout ce que je savais. J’ai signalé l’existence d’une voie ferrée désaffectée dans la forêt de Senonches à 12 km de La Loupe, remise en route par les Allemands. Plusieurs fois par semaine, un train de munitions y stationnait. Je n’ai pas parlé du parc de La Loupe, car je redoutais les représailles sur la population. D’autres ont dû livrer ces informations, car La Loupe a été bombardée et il y a eu 64 morts. Personnellement, je n’aurais pas supporté d’avoir ces morts sur la conscience.

Je m’engage ensuite dans la Marine. Au soldat qui me demande la durée de mon engagement et me propose de prendre au moins 3 ans afin de toucher une prime, je réponds : « Non, je ne viens pas pour de l’argent mais pour défendre mon pays, ce sera donc pour la durée de la guerre ». Je ne voulais plus que les gens souffrent de la faim ni de toutes les privations liées à l’Occupation. Je suis parti aux USA où se construisait mon futur bateau le Somali. J’ai appris les notions d’anglais nécessaires pour comprendre les indications sur le bateau, où tout était indiqué en anglais.

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Le Somali était un destroyer d’escorte. J’étais radiotélégraphiste mais au poste de combat j’étais sur les ponts et transmettais les ordres de l’officier canonnier par des tuyaux qui allaient directement aux mitrailleuses lourdes. J’étais également porte-voix du commandant. J’ai guerroyé dans la mer des Caraïbes. Nous protégions les bateaux de marchandises et coulions des sous-marins. Puis ce fut la Méditerranée : j’ai découvert les ports de Casa, Alger, Oran et Bizerte. J’ai toutefois un regret, au moment du débarquement en Normandie, j’étais en escale à New York.

Par contre, j’ai participé au débarquement de Provence, cette opération militaire a été menée à partir du 15 août 1944 par les troupes alliées dans le Sud-Est de la France (entre Toulon et Cannes). Pour ma part, il s’agissait de la plage de Cavalaire-sur-Mer (83).

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Lien pour découvrir l’opération Dragoon

Débarquement de provence (fichier PDF)

Vers 3 heures du matin, nous étions positionnés au large des côtes françaises. Quand a retenti l’ordre : « Ouvrez le feu », on y voyait comme en plein jour. Vers 10 heures, il y a eu une annonce, 7 marins allaient descendre sur la plage en récompense, en ce qui me concerne pour le passage en Espagne et mon emprisonnement, car nous étions mouillés en mer à 200 ou 300 mètres. Cela faisait trois ans que je n’avais pas posé le pied en France. Chacun des sept marins voulaient rapporter quelque chose aux autres, alors nous nous sommes mis à genoux et nous avons rapporté du sable dans nos poings que nous avons laissé couler sur le pont. Je n’oublierai pas cet homme qui a pris le sable dans ses mains et s’est mis à pleurer de grosses larmes, submergé par l’émotion, il était marié et père de trois enfants.

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J’ai eu ma première permission en 1944, j’ai rencontré ma future femme. Je n’ai jamais revu mon camarade d’échappée, il avait rejoint son régiment de cavalerie au Maroc. Mon bateau le Somali a poursuivi sa carrière en Indochine. J’ai envoyé une photographie de mon mariage à mon ami qui s’est réjoui pour moi, puis plus aucune nouvelle… Il était de Lille, j’aurais pu essayer de le retrouver mais je pensais qu’il pouvait avoir été tué et je ne voulais pas le savoir.

En 1945 j’ai repris la vie civile. Je suis devenu le Président de l’UNC de la section du Raincy et je le suis toujours. Je suis venu à Paris pour me perfectionner dans mon métier de boucher. Enfin je me suis installé au Raincy où j’ai pris une boutique avec mon épouse et un garçon sortant d’apprentissage. J’ai fait prospérer ma boucherie pendant de nombreuses années, et on a fini à 6 personnes à temps plein, et deux apprentis. Longtemps, je n’ai pas parlé à mes proches de ce que j’avais vécu, mes camarades sont morts maintenant… Je veux transmettre et livrer mon récit. Ne pas passer sous silence le sacrifice de tant d’hommes et le courage de l’homme ordinaire que je suis dans des circonstances extraordinaires.

J’ai reçu la Légion d’Honneur en 1997 mais sinon je n’ai jamais rien demandé, je n’ai fait que mon devoir.

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Assemblée générale du Souvenir Français

Samedi 30 novembre

14 heures

(salle Valenet)

Le comité de Gagny vous invite à son assemblée générale qui se tiendra dans la salle Raymond Valenet de Gagny (46 Avenue de Rambouillet, 93220 Gagny), le samedi 30 novembre 2019, à partir de 14 heures.

Que vous soyez adhérent ou curieux de découvrir nos actions, soyez les bienvenus !

Notre journée commencera par le remplacement du drapeau dans le carré militaire du cimetière du Centre à 10h30.

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Monsieur le Maire nous honorera de sa présence et nous déposerons une plaque du Souvenir Français sur la tombe du Colonel Robert Taurand puis sur la tombe de Monsieur Michel Teulet.

Colonel Taurand
Colonel Robert Taurand
Michel Teulet
Michel Teulet, Maire de Gagny de 1995 à 2019